Plan séquence Death Sentence (2007)
Titre du film : Death Sentence (Condamnation à mort)
Année : 2007
Réalisateur : James Wan (Saw, Insidious, The Conjuring, Aquaman, Furious 7)
Pays : États-Unis
Chef opérateur : John R. Leonetti (frère de Matthew F. Leonetti - le DP de Strange Days ; futur réalisateur d'Annabelle)
Monteur : Michael N. Knue
Musique : Charlie Clouser (ex-Nine Inch Nails, compositeur de Saw)
Caméra : Panavision, 35mm - Kodak Vision2 500T 5218, format Super 35
Dispositif : rickshaw motorisé (pour précéder les acteurs à grande vitesse) + mouvements de caméra extérieurs "en vol" entre les niveaux
Durée du plan : ~3 minutes
Méthode : plan continu apparent - la caméra traverse les 5 niveaux du parking dans un mouvement fluide avec des transitions entre étages
Dernière pellicule de Wan : oui, Wan a confirmé sur Instagram en 2022 que c'est son dernier film tourné intégralement en photochimique
Lieu de tournage : Columbia, South Carolina et Los Angeles, California
Budget : 20 millions de dollars (recettes : 17M$, flop commercial)
Un parking à étages. Cinq niveaux de béton brut, éclairés au néon, vides sauf Nick Hume (Kevin Bacon) et le gang de Billy Darley qui le poursuit. Nick vient d'en tuer un. Les autres veulent sa peau. La caméra se met en mouvement et pendant trois minutes, elle ne lâche rien. Elle suit Nick qui sprinte au premier niveau, se cache derrière une voiture, court vers l'escalier. Le gang se déploie. Des coups de feu résonnent contre les murs de béton. La caméra monte avec Nick au deuxième niveau mais pas par l'escalier. Elle sort du bâtiment par une ouverture latérale, s'élève dans le vide extérieur, et rentre par l'ouverture du niveau supérieur. Comme si elle volait. Comme si les murs n'existaient pas. Nick continue de courir. Le gang continue de tirer. La caméra continue de monter, niveau après niveau, entre les piliers de béton, glissant entre les voitures garées, plongeant derrière les colonnes, jusqu'au toit du parking où Nick et le dernier poursuivant se retrouvent dans une voiture dont le frein à main lâche, et qui glisse vers le bord du vide avec eux à l'intérieur.
Pourquoi cette scène est culte
Matt Zoller Seitz, dans The New York Times, a écrit en 2007 que "mis à part un stupéfiant tracking shot de trois minutes où le gang poursuit Nick à travers un parking, et la performance de M. Bacon, le film est une histoire de vengeance classique". C'est le compliment le plus acéré qu'on puisse faire à un plan-séquence : il sauve le film. Sans ces trois minutes de parking, Death Sentence est un vigilante movie de plus. Avec elles, c'est le film qui a prouvé que James Wan, alors connu uniquement comme "le type qui a fait Saw" était un vrai metteur en scène.
Moria Reviews a décrit la scène comme "une séquence haletante où le gang poursuit Kevin Bacon, filmée en caméra à l'épaule, une séquence qui traverse des rues, des ruelles, des cuisines et finalement un parking, la caméra serpentant sans effort de haut en bas entre les niveaux pendant qu'ils cherchent, avant que Bacon ne se batte avec l'un des gangsters à l'intérieur d'une voiture dont le frein à main lâche et qui glisse vers le bord du toit." Le mot clé est "sans effort", la fluidité du mouvement entre les niveaux est ce qui distingue ce plan de tous les autres plans-séquences dans des espaces confinés.
Le parking est un labyrinthe vertical et Wan le traite comme tel. Là où le couloir d'OldBoy (2003) est horizontal et celui de L'Honneur du Dragon (2005) est un escalier en colimaçon, le parking de Death Sentence est une spirale de béton ouverte sur l'extérieur. C'est cette ouverture qui permet le mouvement le plus spectaculaire du plan : la caméra qui sort du bâtiment, s'envole d'un étage, et rentre par le niveau suivant. TV Tropes l'a décrit : "À plusieurs reprises, la caméra sort effectivement du parking pour monter d'un étage, comme si elle volait." C'est un mouvement impossible pour un opérateur Steadicam, ce qui signifie qu'une grue ou un dispositif similaire prenait le relais pour les transitions entre les niveaux.
Comment ils l'ont tournée
Les sources techniques sur ce plan spécifique sont limitées, ni Wan ni Leonetti n'ont donné d'interview technique détaillée dédiée à cette séquence. Ce que l'on sait vient des critiques, des analyses techniques, et du making-of du DVD.
John R. Leonetti, le frère cadet de Matthew F. Leonetti, le DP de Strange Days (1995) a filmé en 35mm sur Kodak Vision2 500T 5218, format Super 35. C'est une pellicule rapide (500 ASA) qui permet de tourner sous les néons d'un parking sans éclairage additionnel, exactement ce que Savides avait fait avec sa Kodak 5263 500 ASA dans les couloirs d'Elephant (2003). La lumière du parking, froide, verdâtre, intermittente est la lumière de la scène. Leonetti et Wan n'ont pas cherché à l'embellir. Le résultat est une image crue, presque documentaire, qui colle au registre réaliste du film.
Un "rickshaw" motorisé a été utilisé pour permettre à la caméra de précéder les acteurs à grande vitesse, le dispositif permettait à l'opérateur de se déplacer plus vite que la course de Bacon tout en maintenant un cadrage stable. Pour les transitions entre les niveaux, les moments où la caméra sort du bâtiment et "vole" d'un étage, le plan utilise probablement un dispositif de type jib ou grue positionnée à l'extérieur du parking, cousu avec le plan intérieur. C'est le même principe que la grue de True Detective S1E4 (Fukunaga, 2014), qui soulevait l'opérateur Steadicam par-dessus un grillage sauf qu'ici, la transition est verticale et se répète à chaque niveau.
Wan a confirmé sur Instagram en 2022 que Death Sentence est son dernier film tourné intégralement sur pellicule photochimique. Après celui-ci, il est passé au numérique pour tous ses films (Insidious, The Conjuring, Furious 7, Aquaman) à l'exception de quelques scènes de Furious 7. Le plan du parking est donc le dernier plan-séquence majeur de Wan sur pellicule et il y a quelque chose de poétique dans le fait que son adieu au 35mm soit un mouvement de caméra qui refuse de couper.
Popcornizer a résumé : "C'est l'une des prouesses de cinématographie d'action les plus impressionnantes de cette décennie." Pour un film à 20 millions de dollars sorti en 2007, la même année que No Country for Old Men et There Will Be Blood, c'est un compliment considérable.
Ce qu'il faut observer en la revoyant
Les sorties extérieures (~chaque changement de niveau) Quand Nick monte d'un étage, la caméra ne prend pas l'escalier avec lui. Elle sort du bâtiment par une ouverture latérale, monte d'un niveau dans le vide, et rentre par l'ouverture suivante. C'est le mouvement signature du plan et c'est l'indice que le plan n'est pas un vrai plan continu unique, mais un assemblage de segments cousus dans ces transitions "aériennes".
Les néons du parking (~éclairage, tout le plan) La lumière verdâtre des néons est la seule source de lumière du plan. Pas d'éclairage de cinéma, pas de projecteurs cachés. Leonetti a tourné en 500 ASA précisément pour capter cette lumière brute. Le résultat : une image crue, presque documentaire, qui fait oublier que c'est un film à 20M$.
La voiture qui glisse (~fin du plan) Le climax : Nick et un gangster se battent dans une voiture dont le frein à main lâche. La voiture glisse vers le bord du toit, cinq étages au-dessus du sol. La caméra reste à l'intérieur avec eux. C'est le seul moment du plan où la caméra cesse de suivre la course et s'enferme dans un espace encore plus confiné.
Le saviez-vous ?
Les frères Leonetti sont une dynastie de la cinématographie. John R. Leonetti, le DP de Death Sentence, est le frère cadet de Matthew F. Leonetti, le DP de Strange Days (1995), le film dont le plan POV d'ouverture est aussi dans cette collection. Deux frères, deux plans-séquences mémorables, deux films de genre à petit budget qui ont échoué au box-office mais sont devenus des références techniques. Matthew a inventé la caméra-casque POV de Strange Days. John a filmé le parking de Death Sentence en 35mm 500 ASA sans éclairage additionnel. La cinématographie de plans-séquences est, comme chez les Richmond (George + Jonathan dans Les Fils de l'homme, Anthony B. leur père), une affaire de famille.
Death Sentence est le plan-séquence le plus sous-estimé de cette collection et l'un des plus influents en termes de trajectoire de carrière. Ce plan de parking a prouvé que Wan pouvait faire de la mise en scène, pas seulement du gore. Sans ce plan, Wan n'obtient probablement pas The Conjuring (2013). Sans The Conjuring, il n'obtient pas Furious 7 (2015). Sans Furious 7, il n'obtient pas Aquaman (2018). Le parking de Death Sentence est le CV qui a ouvert toutes les portes.
Ce plan partage un ADN avec les autres plans-séquences de poursuite verticale de la collection : L'Honneur du Dragon (2005, 4 étages d'escalier, vrai plan continu) et Atomic Blonde (2017, escalier d'un immeuble, plan assemblé). Mais le parking ajoute une dimension unique : l'ouverture sur l'extérieur. Là où Tony Jaa est enfermé dans un escalier en colimaçon et Theron est enfermée dans un immeuble, Bacon est dans un espace semi-ouvert, les murs de béton alternent avec le vide et la caméra exploite cette ouverture pour voler d'un étage à l'autre. C'est le plan-séquence comme architecture : la forme du bâtiment dicte le mouvement de la caméra.
Sources
Matt Zoller Seitz - The New York Times, critique de Death Sentence (août 2007)
Moria Reviews - "Death Sentence" (octobre 2025)
Popcornizer - "Death Sentence: 5 Min Review" (2025)
TV Tropes - Death Sentence (Film), "The Oner"
IMDB - Death Sentence, reviews (2007-2025)
ShotOnWhat - Death Sentence (2007), spécifications techniques (Kodak Vision2 500T 5218, Super 35)
Wikipedia - Death Sentence (2007 film) (Wan dernier film sur pellicule, Instagram 2022)
Letterboxd - Death Sentence, reviews communautaires
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