Plan-séquence Reviens-moi (2007)

Preview

Réalisé par Joe Wright

  • Année : 2007

  • Réalisateur : Joe Wright

  • Pays : Royaume-Uni / France

  • Chef opérateur : Seamus McGarvey

  • Opérateur Steadicam : Peter Robertson

  • Durée du plan : 5 min 30 sec

  • Prise utilisée : la 3e sur 3 complètes (la 4e a été abandonnée)

  • Sources principales : Interview de Joe Wright (IndieLondon, AP/Boston Globe) ; Focus Features (10e et 15e anniversaires) ; Wikipedia — Atonement (2007 film)

Robbie Turner (James McAvoy), soldat britannique blessé et fiévreux, franchit une crête et découvre la plage de Bray-Dunes. Dunkerque, 1940. Devant lui, un quart de mile de sable où des milliers de soldats attendent une évacuation qui ne vient pas. La caméra le suit, puis se détache de lui et commence à errer seule. Des hommes tirent sur des chevaux. D'autres chantent des hymnes. Un groupe de soldats fait tourner un manège forain abandonné. Un navire échoué sert de terrain de jeu à des types qui hurlent comme des pirates. La caméra remonte du sable vers une promenade, puis sur une plateforme surélevée, pivote, et révèle la plage entière, fumée à l'horizon, soldats à perte de vue. Cinq minutes et demie. Zéro coupe.

Pourquoi cette scène est culte

Le film ne passe que cinq minutes à Dunkerque. C'est tout ce que Robbie, et le spectateur, obtient. Et c'est suffisant. En refusant de couper, Wright vous refuse le montage qui organisait, jusqu'ici, votre compréhension de la guerre. Ici, tout arrive en même temps : l'agonie, l'absurdité, l'ennui, la panique, le chant, la mort des chevaux. Vous ne savez pas où regarder. Le premier plan capte votre attention, puis l'arrière-plan vous en arrache, et inversement. Ce chaos perceptif est exactement ce que vivent les soldats. La caméra ne cherche pas à vous immerger aux côtés de Robbie, elle vous place en observateur impuissant, à distance, comme un témoin qui ne peut rien faire. Et quand le plan se termine sur la plage entière vue d'en haut, vous comprenez l'ampleur de ce qui est perdu, non pas par un chiffre, mais par un regard.

Comment ils l'ont tournée

Le plan-séquence de Dunkerque est né d'une contrainte budgétaire, pas d'une ambition stylistique. Wright l'a raconté dans plusieurs interviews. Le budget d'Atonement était à peine supérieur à celui d'Orgueil et Préjugés, environ 4 millions de livres de plus. L'équipe n'avait que deux jours pour tourner toutes les scènes de guerre sur la plage, et pas les moyens de faire revenir les 1 300 figurants.

Wright avait initialement prévu un montage classique, une quarantaine de plans différents. Mais il savait, par expérience, qu'il ne pouvait réaliser que 15 à 17 plans par jour. Il voyait venir le scénario catastrophe : des plans soignés le matin, des plans bâclés l'après-midi. Un jour, à moitié en plaisantant, il a proposé de faire comme pour Orgueil et Préjugés, un seul plan Steadicam continu. L'idée est restée.

Le premier jour a été consacré au blocage et aux répétitions. Le parcours de Peter Robertson a été cartographié dans les moindres détails pendant le tournage des autres scènes. Robertson devait couvrir un quart de mile de terrain irrégulier, sable, planches, pente, en portant des dizaines de kilos d'équipement. Pour y parvenir, il alternait entre trois modes de déplacement : à pied, sur un chariot motorisé, et sur un pousse-pousse accessible par une rampe.

Des signaux imperceptibles étaient intégrés dans la chorégraphie des figurants pour guider Robertson. Les 1 300 personnes sur la plage figurants et habitants locaux, étaient coordonnées pour ce seul plan. Wright a insisté pour que chaque figurant se sente comme un acteur : "Mon souci principal ce jour-là était de m'assurer qu'ils étaient impliqués, engagés, qu'ils sentaient qu'ils étaient des interprètes."

Le tournage réel a eu lieu l'après-midi du deuxième jour, quand la marée était basse et la lumière au bon angle. Wright et son équipe ont réussi trois prises complètes. La quatrième a été abandonnée quand Robertson s'est effondré en arrivant au kiosque à musique épuisé par le poids de l'équipement et le terrain. Ils ont utilisé la troisième prise.

Un dernier problème : la liaison radio entre la caméra et les enregistreurs était si étirée par la distance que l'équipe n'avait aucune certitude d'avoir capturé l'image. Wright a décrit le moment : "On se regardait tous en disant : 'On l'a ? On l'a ?'"

Ce qu'il faut observer en la revoyant

  • Les chevaux (~1:30) — Des soldats tirent sur des chevaux à l'arrière-plan. L'armée ne pouvait pas les évacuer, ni les laisser aux Allemands. C'est un détail historique réel que Wright place dans le champ sans le souligner, c'est à vous de le remarquer.

  • Le manège forain et le navire échoué (~2:30-3:30) — La production designer Sarah Greenwood a construit un univers de cirque sinistre : manège, grande roue, navire transformé en terrain de jeu. Les soldats s'y comportent comme des enfants, c'est la régression psychologique face au traumatisme, montrée et jamais expliquée.

  • Le plan final, la plongée sur la plage (~5:00) — La caméra monte sur la plateforme, pivote à 180 degrés, et révèle l'immensité de la plage pour la première fois. Pendant cinq minutes, vous étiez au niveau du sol, au milieu du chaos. Cette élévation finale vous donne enfin la vue d'ensemble et c'est pire que ce que vous imaginiez.

Le saviez-vous ?

Wright a reconnu sa dette envers le Steadicam : "Il faut s'incliner devant le fait que quand Orson Welles a tourné le plan d'ouverture de La Soif du mal, il n'avait pas de Steadicam. Le Steadicam a totalement libéré le plan-séquence." Dix ans après Atonement, Christopher Nolan consacrera un film entier à Dunkerque mais beaucoup de critiques continuent de considérer ces cinq minutes et demie comme la représentation la plus marquante de l'événement au cinéma.

Le réalisateur fait un caméo dans le plan il apparaît quelque part sur la plage. Et dans une interview, il a livré une réflexion sur la nature même du plan-séquence : "Le cinéma, par nature, c'est le montage. D'une certaine façon, le plan-séquence a quelque chose de rebelle."

Sources

  • Joe Wright, interview IndieLondon (2007)

  • AP / Boston Globe — "'Atonement' puts the focus on the long tracking shot" (décembre 2007)

  • Focus Features — "After 15 years, Atonement Still Has 3 Things People Can't Stop Talking About" (2022)

  • Focus Features — "After 10 Years, Atonement Still Casts a Spell" (2017)

  • IndieWire — "Before Christopher Nolan, Atonement Captured Dunkirk in One Powerful Long Take" (2017)

  • Film School Rejects — "The Potent Poignancy of the Atonement Dunkirk Scene" (2020)

  • Wikipedia — Atonement (2007 film), section production

  • IMDB Trivia — Atonement (2007)

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