Plan-séquence Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 (2023)

Preview

Réalisé par James Gunn

Titre du film : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 (Guardians of the Galaxy Vol. 3)

  • Année : 2023

  • Réalisateur : James Gunn

  • Pays : États-Unis

  • Chef opérateur : Henry Braham (BSC) — caméras RED compactes portées sur le torse

  • Superviseur VFX production : Stephane Ceretti (Marvel Studios)

  • VFX (plan du couloir) : Wētā FX — superviseur : Guy Williams ; superviseur animation : Mike Cozens

  • Coordinateurs cascades : Wayne Dalglish (responsable principal) et Heidi Moneymaker

  • Caméras : RED (modèles compacts, portés sur le torse de Braham)

  • Cadence de tournage : 120 fps (images/seconde)

  • Durée de la séquence : ~2 minutes 30

  • Nombre de plans assemblés : 18

  • Nombre de coutures (stitches) : 17

  • Durée de tournage : 3 jours (Gunn estime peut-être 5 jours au total)

  • Prises par segment : 30 à 40

  • Durée de planification : 6 mois de chorégraphie

  • Durée de post-production du plan : 1 an (Wētā FX)

  • Musique : "No Sleep Till Brooklyn" — Beastie Boys

  • Budget du film : ~250 millions de dollars

  • VFX total du film : 3 066 plans, 10 studios VFX, 15 mois de post-production

  • Sources principales : Guy Williams / Mike Cozens (fxguide, 2023 ; befores & afters, 2023 ; Corridor Crew / ComicBook, 2023) ; Stephane Ceretti (befores & afters, 2023 ; Variety, 2024) ; James Gunn (io9/SlashFilm, 2023 ; Marvel.com, 2023 ; ComicBook, 2023) ; Karen Gillan (Marvel.com, 2023) ; Heidi Moneymaker (Marvel.com, 2023)

Le vaisseau Arete du Grand Évolutionnaire. Les Gardiens doivent traverser un couloir pour atteindre le cœur du vaisseau et sauver Rocket. "No Sleep Till Brooklyn" des Beastie Boys démarre. Et pendant deux minutes trente, la caméra ne coupe pas. Star-Lord (Chris Pratt) ouvre le bal, tirs de pistolets, coups de poing, glissades sur le sol. La caméra pivote vers Drax (Dave Bautista) qui fracasse des gardes contre les murs. Elle file vers Nebula (Karen Gillan) dont le cou se brise sous un impact, la tête tourne à 180 degrés, mais elle continue à se battre. Mantis (Pom Klementieff) fait un backflip au-dessus d'un ennemi. Groot étend ses bras dans toute la largeur du couloir. Rocket tire depuis l'épaule de Groot. La caméra danse d'un Gardien à l'autre, rebondit entre eux comme une balle de flipper, s'élève au-dessus de la mêlée puis replonge au niveau du sol et les corps s'accumulent dans le couloir derrière eux, morts de crustacés biomécaniques et de gardes empilés au fil de l'avancée. La dernière fois que les Gardiens originaux se battent ensemble. La dernière danse.

Pourquoi cette scène est culte

James Gunn voulait faire ce plan depuis le premier film. En 2014, sur le plateau du Gardiens de la Galaxie original, il avait planifié une scène de combat en plan continu dans un couloir avec le coordinateur cascades. Tout était prêt sauf les acteurs. Pratt et Bautista l'ont regardé et ont dit : "James, on n'a jamais vu cette scène. On n'a jamais répété cette scène. Tu ne peux pas demander à un acteur de débarquer et de faire une scène aussi compliquée que ça." Gunn a rangé l'idée. Neuf ans plus tard, pour le dernier film, il l'a ressortie : "Ça compense largement l'échec de la première fois."

La puissance émotionnelle de la scène vient de ce qu'elle représente narrativement : la dernière fois que ce groupe se bat ensemble. Chaque Gardien a son moment, Star-Lord au centre, Drax en force brute, Nebula qui se brise et se reforme, Mantis en acrobatie, Groot en extension, Rocket en artillerie. La caméra saute de l'un à l'autre comme si elle voulait tous les regarder une dernière fois. Et la musique, "No Sleep Till Brooklyn", transforme le massacre en célébration. C'est un adieu sous forme de morceau de bravoure.

Comment ils l'ont tournée

Guy Williams, superviseur VFX de Wētā FX, a livré le détail complet à Corridor Crew : "Spoiler alert : ce n'est pas un seul plan. C'est 18 plans tournés sur trois jours." Chaque plan est un segment de la chorégraphie, tourné séparément, puis assemblé par 17 coutures numériques en post-production. Le processus a pris un an entier chez Wētā FX.

Ce qui distingue ce plan des autres faux plans continus de la collection : les coutures ne se cachent pas. Là où Kingsman masquait ses coupes dans des whip pans et des passages de figurants devant la caméra, et où Atomic Blonde les dissimulait dans des flous de mouvement, les coutures du couloir de Gardiens se font "en plein milieu de l'action, droit devant la caméra", selon Williams. La technique reposait sur les projections de caméra pour reconstruire le couloir en arrière-plan de chaque plan, résolvant les problèmes de perspective qui se posaient quand deux prises étaient raccordées et sur des doubles numériques de chaque personnage pour assurer la continuité des positions.

Henry Braham, le chef opérateur, tournait avec des caméras RED compactes portées directement sur son torse, un dispositif léger qui lui permettait de se déplacer presque comme un opérateur handheld tout en gardant une stabilisation cinématographique. Karen Gillan a décrit l'expérience : "L'opérateur caméra était attaché à des câbles et volait littéralement à travers la salle, attrapant des plans au vol. Si j'étais au mauvais endroit, il y aurait eu une collision."

Tout a été tourné à 120 images par seconde, quatre fois le standard cinéma (24 fps). Ce choix permettait à Wētā FX de ralentir n'importe quel moment en post-production sans perte de qualité, et surtout de manipuler la vitesse au sein du plan : accélérer la caméra pendant les transitions entre les Gardiens, ralentir pour souligner un impact. Guy Williams a précisé que les personnages CG (les crustacés, Rocket, Groot) devaient être animés à cette cadence élevée, ce qui multipliait le travail d'animation.

Stephane Ceretti, le superviseur VFX de Marvel, a décrit la difficulté : "J'étais un peu nerveux, je ne vais pas mentir. Quand vous êtes dans ce long couloir, il ne pardonne pas en termes de perspective. Si vous raccordez deux caméras et que les caméras ne sont pas au bon endroit, et que vous avez des gens qui dansent et sautent et que la perspective ne correspond pas, et que les gens ne sont pas au même endroit, c'est l'enfer pour raccorder les plans. Et devinez quoi ? C'était l'enfer."

Wayne Dalglish et Heidi Moneymaker ont chorégraphié la séquence pendant six mois. Moneymaker a décrit le processus : "On a planifié, travaillé, refait et refait pendant six mois. L'action est vraiment cool. La façon dont c'est filmé est incroyable. Tous les acteurs sont impliqués et font des choses extraordinaires dans ce grand combat." Les acteurs tournaient chaque segment 30 à 40 fois. Quand Pratt s'est plaint, Gunn a répondu : "30 à 40 prises ? C'est de la répétition, mec. C'est Jackie Chan."

Un détail sur la continuité des cadavres : à mesure que les Gardiens avancent dans le couloir, les corps des ennemis vaincus s'accumulent derrière eux. Mike Cozens (superviseur animation, Wētā) a expliqué que l'équipe d'animation a dû faire un passage de "pseudo-continuité" pour s'assurer que les corps restaient visibles et cohérents tout au long du plan, sans bloquer l'action, un défi unique au plan-séquence, où vous ne pouvez pas faire disparaître un cadavre entre deux coupes.

Un dernier ajout tardif : Blurp, la petite créature. L'équipe a réalisé en cours de production que Blurp était avec les Gardiens à l'entrée et à la sortie du couloir, mais n'avait aucun moment dans le combat. Cozens : "On s'est dit : il faut trouver une petite histoire pour Blurp." James Gunn a adoré le moment où Blurp grimpe sur le cadavre d'un octo-hyène et prend la pose.

Ce qu'il faut observer en la revoyant

  • Le cou de Nebula (~milieu du plan) — Nebula reçoit un coup qui lui brise le cou. Sa tête tourne à 180 degrés. Elle continue de se battre. Gillan a fait "autant que possible en vrai", se contorsionnant physiquement dans des positions impossibles que les VFX ont ensuite amplifiées. Elle a décrit la scène comme "l'un des moments les plus originaux que j'aie jamais vus dans une séquence de combat".

  • Les cadavres qui s'accumulent (~tout le plan) — Williams et Cozens recommandent plusieurs visionnages pour repérer toute l'action en arrière-plan. Les corps des ennemis restent dans le couloir, c'est un détail de continuité que le plan-séquence rend nécessaire et que le montage classique aurait fait disparaître.

  • Les coutures au centre du cadre (~17 transitions) — Contrairement à tous les autres faux plans continus de cette collection, les coutures ne se cachent pas dans les bords du cadre ou dans des flous. Elles sont "en plein milieu de l'action, droit devant la caméra". Vous ne les verrez probablement pas mais c'est la prouesse technique : coudre l'invisible là où tout le monde regarde.

Le saviez-vous ?

Le plan du couloir a été le dernier livré par Wētā FX, un an après avoir commencé à travailler dessus. C'est aussi le plan que Gunn avait le plus peur de montrer : il craignait qu'il soit "trop long et trop brutal". Quand Gunn a expliqué à Pratt que la difficulté du tournage venait de la répétition et non de la frustration, il a ajouté : "C'est Jackie Chan", une référence directe à la méthode du maître hongkongais, qui tournait des dizaines de prises par mouvement jusqu'à atteindre la perfection. Brad Allan, le chorégraphe de Kingsman (ancien membre de la Jackie Chan Stunt Team), aurait reconnu la filiation.

Cette scène est la version Marvel du plan-séquence de combat et elle occupe une position unique dans la collection du site. Old Boy (2003) est un vrai combat brut dans un espace confiné. Atomic Blonde (2017) est un faux plan continu au service de l'épuisement physique. Kingsman (2014) est un faux plan continu au service du spectacle pop. Creed (2015) est un vrai plan continu au service de l'émotion. Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3 est un faux plan continu au service de l'adieu, le dernier combat d'une famille dysfonctionnelle, filmé en un seul mouvement apparent pour qu'on puisse les voir tous ensemble une dernière fois. Et la musique, "No Sleep Till Brooklyn", avec ses guitares qui montent et son refrain hurlé, transforme le massacre en fête d'adieu. C'est le plan-séquence comme curtain call.

Sources

  • Guy Williams, superviseur VFX (Wētā FX) — fxguide, "Guardians Vol 3: how they did that incredible hallway shot" (juin 2023)

  • Guy Williams & Mike Cozens — befores & afters, "There are 17 stitches in that insane Guardians Vol. 3 oner" (mai 2023)

  • Guy Williams — Corridor Crew / ComicBook, "VFX Supervisor Reveals Every Secret of The Epic One Take Fight Scene" (2023)

  • Stephane Ceretti — befores & afters, "The 2-day virtual production shoot" (mai 2023)

  • Stephane Ceretti — Variety, "Guardians Vol. 3 Required Over 3,000 VFX Shots" (février 2024)

  • James Gunn — io9 / SlashFilm, "James Gunn Was Very Afraid of That One-Take Action Scene" (mai 2023)

  • James Gunn — Marvel.com, "Creating the No Sleep Till Brooklyn Fight Scene" (juin 2023)

  • James Gunn — ComicBook, "Gunn Tried to Do One Take Fight Scene in First Movie" (2023)

  • Karen Gillan, Heidi Moneymaker, Chris Pratt, Sean Gunn — Marvel.com (juin 2023)

  • Wikipedia — Guardians of the Galaxy Vol. 3

Previous
Previous

Plan-séquence Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan (2023)

Next
Next

Plan-séquence Deadpool & Wolverine (2024)