Deadpool & Wolverine | plan séquence
Réalisateur : Shawn Levy
DYNAMIQUE DE L'ILLUSION : UNE DÉCONSTRUCTION FORENSIQUE DU "ONER" DU DEADPOOL CORPS DANS DEADPOOL & WOLVERINE
I. OBJECTIF : L'ARCHITECTURE D'UNE SYMPHONIE CINÉTIQUE ET RÉFÉRENTIELLE
1.1. La transcendance du trope du "Combat de Couloir" vers l'esthétique du "Side-Scroller"
Dans l'analyse contemporaine de la scénographie d'action, le "combat de couloir" (hallway fight) est devenu un trope incontournable, popularisé par Oldboy (2003) et codifié dans la culture populaire par la série Daredevil (2015). L'objectif premier de Shawn Levy et de Ryan Reynolds dans la conception de la séquence du combat contre le Deadpool Corps n'était pas simplement de réitérer cette figure de style, mais de la faire muter vers une forme plus méta-textuelle et interactive : le "side-scroller" (défilement horizontal). L'analyse des intentions de production révèle que cette séquence a été conçue comme un hommage direct et délibéré aux jeux d'arcade "beat 'em up" des années 1990, en particulier le jeu X-Men de Konami.
L'intention ici est de créer une "lisibilité forcée". Dans un environnement de combat saturé où deux protagonistes immortels affrontent une centaine d'antagonistes également immortels, le risque de confusion visuelle (le "chaos cinétique") est élevé. En contraignant l'axe de la caméra à un mouvement latéral strict de gauche à droite, Levy impose une géométrie bidimensionnelle à un espace tridimensionnel. Cet aplatissement de la perspective sert un double objectif :
Clarté Tactique : Il permet au spectateur de suivre la progression linéaire des héros, transformant le combat en une mesure de distance parcourue plutôt qu'en une simple accumulation de coups. Chaque mètre gagné vers la droite de l'écran devient une victoire tangible.
Iconisation des Costumes : Cette perspective latérale offre le profil idéal pour mettre en valeur les silhouettes des personnages. C'est particulièrement crucial pour Wolverine, dont le costume jaune et bleu (le design classique de John Byrne/Jim Lee) est présenté pour la première fois en action réelle. L'objectif est de reproduire les cases larges ("splash panels") des bandes dessinées, où l'action est souvent dépeinte de profil pour maximiser le dynamisme des poses.
De plus, cette approche permet de résoudre le problème de la "puissance infinie". Puisque les héros ne peuvent pas mourir, l'enjeu ne peut pas être la survie. L'objectif de la scène devient donc la persévérance et l'endurance. Le format side-scroller, qui évoque des vagues incessantes d'ennemis dans un jeu vidéo, communique visuellement cette notion d'épreuve d'endurance interminable. Les héros ne se battent pas pour survivre, ils se battent pour avancer.
Conclusion :
L'objectif fondamental de cette séquence est de gamifier la narration cinématographique. En adoptant la grammaire visuelle du jeu vidéo d'arcade, la réalisation ne cherche pas le réalisme immersif, mais une stylisation nostalgique qui valide l'héritage culturel des personnages tout en structurant le chaos d'un affrontement de masse via une contrainte géométrique rigoureuse.
1.2. La liturgie de la violence : "Like a Prayer" comme structure narrative
L'intégration musicale dans le cinéma d'action post-moderne (notamment chez James Gunn ou Edgar Wright) utilise souvent la musique comme contrepoint ironique. Cependant, dans cette séquence spécifique de Deadpool & Wolverine, l'objectif de l'utilisation de "Like a Prayer" de Madonna dépasse l'ironie pour atteindre une forme de "sacralisation du profane". Les rapports de production confirment que la chanson n'a pas été plaquée sur un montage existant, mais que la scène a été conçue, rythmée et chorégraphiée pour et autour de cette piste spécifique.
L'objectif sonore est de créer une dissonance cognitive harmonieuse. La chanson, avec ses racines gospel et ses paroles sur la dévotion passionnée, contraste violemment avec les démembrements et les effusions de sang à l'écran. Ryan Reynolds a personnellement insisté sur cette piste, allant jusqu'à rencontrer Madonna pour obtenir les droits, ce qui souligne son caractère non négociable pour la vision artistique de la scène. Si l'objectif avait été purement l'adrénaline, un morceau de heavy metal ou de hip-hop aurait suffi. Le choix de "Like a Prayer" vise à élever le combat au rang d'expérience religieuse ou extatique – une "symphonie de violence extatique" selon les termes de Shawn Levy.
La structure de la chanson dicte la structure de l'action. Les montées en puissance du chœur correspondent aux moments de coopération intense entre Deadpool et Wolverine, tandis que les rythmes plus percutants s'alignent sur les impacts physiques. L'objectif est de synchroniser le rythme cardiaque du spectateur avec celui de la musique, rendant la violence non pas répulsive, mais étrangement joyeuse et cathartique. C'est une célébration de la brutalité inhérente aux personnages, transformée en ballet pop.
De plus, cette utilisation sert un objectif thématique pour le personnage de Deadpool. Souvent perçu comme un clown sans profondeur, Deadpool cherche ici à sauver son univers. L'utilisation d'une hymne pop grandiose confère une gravité émotionnelle inattendue à sa quête, suggérant que sous le gore et les blagues, il y a une "prière" sincère pour la rédemption et l'héroïsme.
Conclusion :
L'objectif musical est l'opéra-tionnalisation de l'action. La scène est conçue comme un clip vidéo narratif où la musique agit comme le véritable scénario émotionnel, transformant un massacre techniquement complexe en une œuvre d'art performative qui sanctifie la relation entre les deux antihéros et leur mission désespérée.
1.3. La saturation du "Fan Service" et la construction du partenariat
Sur le plan narratif, cette séquence se situe à la fin du troisième acte. L'objectif dramatique est double : résoudre la tension relationnelle entre les deux protagonistes et offrir une récompense visuelle ultime aux fans de la franchise (le "fan service"). L'affrontement contre le Deadpool Corps – une armée de variants issus du multivers – permet d'explorer visuellement l'étendue de la mythologie du personnage sans nécessiter de longues expositions dialoguées.
L'objectif est de montrer, par l'action, l'unité enfin trouvée entre Deadpool et Wolverine. Contrairement à leur affrontement dans la Honda Odyssey (qui était un combat fratricide), cette séquence les montre combattant ensemble. La chorégraphie, qui inclut des échanges d'armes, des projections mutuelles et une couverture réciproque, sert à visualiser leur synergie. Ils passent de deux solistes chaotiques à un duo harmonieux.
L'inclusion de variants spécifiques comme Ladypool (voix de Blake Lively), Cowboypool (Matthew McConaughey), et Welshpool (Paul Mullin) répond à un impératif commercial et communautaire : récompenser l'attention du public et enrichir l'univers du film. Cependant, l'objectif n'est pas de vaincre ces ennemis par la force brute (ils se relèvent constamment), mais de démontrer que Wade et Logan sont prêts à se battre éternellement l'un pour l'autre. La résolution du combat par l'intervention de Peterpool confirme que la violence n'était pas la solution finale, mais le creuset nécessaire pour forger leur alliance.
Conclusion :
L'objectif narratif de la scène est la cristallisation du binôme. À travers une épreuve d'endurance face à une marée d'ennemis invincibles, le film valide l'évolution des personnages de rivaux à partenaires, tout en utilisant la diversité du Deadpool Corps pour offrir un spectacle visuel dense qui célèbre la richesse absurde du multivers Marvel.
II. LES COULISSES : INGÉNIERIE DE PRÉCISION ET LOGISTIQUE DE MASSE
2.1. La pré-production : une gestation de neuf mois
La réussite d'un plan sequence de cette ampleur, simulant une continuité parfaite sur une distance considérable, repose sur une planification qui exclut toute improvisation. Shawn Levy a qualifié cette scène de "plan le plus compliqué" de sa carrière, nécessitant neuf mois de préparation exclusive. Cette phase a débuté bien avant que les caméras ne tournent, par une étape cruciale de prévisualisation (previz).
L'équipe de pré-production de Framestore, dirigée par Kaya Jabar (superviseur de visualisation), a travaillé en tandem avec le réalisateur pour créer une version numérique complète de la séquence avant même la construction des décors. Cette "techviz" était indispensable pour déterminer :
La vitesse du travelling : La caméra devait se déplacer à une vitesse constante pour correspondre au tempo de la musique, ce qui dictait le rythme des combats.
La position des "stitch points" : Les points de coupe invisibles devaient être planifiés au millimètre près pour permettre l'assemblage des différentes prises.
La logistique des foules : Comment donner l'impression d'une armée avec un nombre limité de cascadeurs.
Un défi majeur identifié durant cette phase fut la transition des répétitions en tenue de sport (sweats) vers les costumes finaux. Levy note que la biomécanique des mouvements changeait radicalement une fois les acteurs dans les costumes rigides de cuir et de latex. Le costume de Wolverine, avec ses épaulettes et sa structure, limitait l'élévation des bras, obligeant l'équipe de cascades à réviser la chorégraphie pour qu'elle soit exécutable "in-suit".
Conclusion :
Les coulisses de la pré-production révèlent que la séquence est le fruit d'une architecture prédictive rigoureuse. Loin de la spontanéité apparente de Deadpool, chaque mouvement a été codifié, testé virtuellement, et adapté aux contraintes physiques des costumes bien avant le premier jour de tournage, transformant la réalisation en une exécution technique d'une partition déjà écrite.
2.2. Le dispositif de tournage : Motion Control et la méthode des "vagues"
Pour capturer ce mouvement latéral parfait et ininterrompu, l'équipe technique, supervisée par le directeur de la photographie George Richmond, a déployé un système de Motion Control (MoCo) sur un rail de 150 pieds (environ 45 mètres) installé sur le backlot des studios Pinewood. Le choix du MoCo est technique : il permet à la caméra d'effectuer exactement le même mouvement (vitesse, angle, focus) à l'infini.
Cette répétabilité était la clé de voûte de la méthode de tournage par "vagues" décrite par George Cottle, le coordinateur des cascades et réalisateur de la seconde équipe. Ne disposant que d'environ 50 cascadeurs et costumes de Deadpool (loin des centaines nécessaires pour l'effet de masse), la production a dû filmer la scène par segments.
Vague A : La caméra filme le début du rail avec les 50 cascadeurs.
Coupe invisible : La caméra passe derrière un élément de premier plan (un pilier, une explosion, un corps projeté vers l'objectif).
Réinitialisation : Les mêmes 50 cascadeurs courent hors champ pour se repositionner plus loin sur le décor.
Vague B : Le MoCo reprend exactement là où il s'était arrêté (ou refait le mouvement complet pour une superposition en post-prod) pour filmer la section suivante.
Ce processus a transformé le tournage en un puzzle logistique complexe. Les "stitch points" (points de couture) sont les articulations vitales de cette méthode. Ils nécessitaient que les acteurs (ou leurs doublures) figent leur position ou effectuent un mouvement spécifique (comme un "whip pan" rapide) pour permettre aux monteurs, Dean Zimmerman et Shane Reid, de raccorder les segments de manière fluide. Le tournage de cette seule séquence s'est étalé sur plusieurs jours, nécessitant une gestion méticuleuse de la lumière naturelle (le soleil devant être au même endroit pour éviter les faux raccords d'ombres), ne laissant souvent qu'une fenêtre de 3 heures par jour pour les prises effectives.
Conclusion :
Le tournage de la séquence relève de l'assemblage modulaire industriel. Ce n'est pas une performance continue, mais une série de vignettes interconnectées par la technologie robotique du Motion Control. L'illusion de fluidité est le résultat d'une contrainte mécanique (le robot) appliquée à une performance organique (le combat), permettant de multiplier artificiellement l'échelle de l'action.
2.3. L'armée de l'ombre : cascadeurs et doublures spécialisées
Si Ryan Reynolds et Hugh Jackman sont les visages de la séquence, la réalité physique du combat repose sur une équipe d'élite de doublures. L'analyse des crédits et des interviews révèle une structure complexe de substitution corporelle.
Ryan Reynolds (Deadpool) : Il a été principalement doublé par Alex Kyshkovych, qui sert également de coordinateur des combats. Kyshkovych, doublant Reynolds depuis le premier film, maîtrise la gestuelle spécifique et "loose" de Deadpool. D'autres doublures comme Rick English et Jonny James ont également contribué aux cascades spécifiques.
Hugh Jackman (Wolverine) : Il a été doublé par Daniel Stevens, un vétéran des films X-Men (Logan, Days of Future Past). Sa connaissance intime de la physicalité bestiale de Wolverine était cruciale pour maintenir la cohérence du personnage à travers les prises multiples.
Le Deadpool Corps lui-même était composé de cascadeurs aux compétences variées. Par exemple, le variant Ladypool a été interprété physiquement par la cascadeuse Christiaan Bettridge, tandis que la voix a été ajoutée en post-production par Blake Lively. Cowboypool a été joué par le cascadeur Tom Cotton.
Cette hiérarchie de performance permettait de préserver les acteurs principaux pour les plans rapprochés et les dialogues, tout en confiant les interactions physiques les plus violentes et complexes aux professionnels capables de répéter les chutes et les impacts des dizaines de fois par jour sur le béton du backlot.
Conclusion :
La dimension humaine des coulisses met en lumière une symbiose entre acteurs et doublures. La réussite de la séquence dépend de l'invisibilité de ces transitions : le moment où Hugh Jackman laisse la place à Daniel Stevens dans un flou de mouvement doit être imperceptible. C'est une performance collective où plusieurs corps ne forment qu'un seul personnage à l'écran.
2.4. L'alchimie numérique : Framestore et l'extension de la réalité
Une fois les éléments pratiques tournés, la responsabilité de l'illusion finale a été transférée aux équipes d'effets visuels (VFX), principalement le studio Framestore. Leur travail sur cette séquence, surnommée "The Oner" en interne, a impliqué le traitement de plus de 5 800 images (frames) continues.
Les tâches de VFX dépassaient le simple ajout de sang (bien que les simulations de fluides pour le gore aient été massives et stylisées pour correspondre au ton "R-rated").
Peuplement de la Foule : Pour transformer les 50 cascadeurs en une armée infinie, Framestore a utilisé des techniques de "crowd replication" dans le logiciel Nuke. Des éléments 2D de Deadpools filmés séparément sur fond bleu ont été intégrés dans l'arrière-plan, pilotés par des systèmes de particules pour simuler une masse vivante.
Environnement et Easter Eggs : Le décor du backlot a été étendu numériquement. Un détail crucial est l'intégration du magasin "Liefeld's Just Feet" en arrière-plan. Ce clin d'œil méta, se moquant de l'incapacité notoire du créateur de Deadpool, Rob Liefeld, à dessiner des pieds, est un exemple de narration environnementale rendue possible par le VFX. Le panneau a dû être tracé et intégré parfaitement dans la perspective du mouvement de caméra.
Doublures Numériques (Digi-Doubles) : Pour les transitions impossibles ou les mouvements surhumains (comme les sauts de Wolverine), des modèles entièrement numériques des héros ont été utilisés. La critique a parfois pointé la rigidité de certains de ces modèles, notamment une pose finale de Wolverine jugée artificielle, révélant les limites de l'intégration CGI en plein jour.
Conclusion :
Les coulisses techniques démontrent que le plan séquence est une construction hybride sophistiquée. C'est un patchwork numérique où la réalité physique (les cascadeurs) sert de squelette, mais où la chair (le sang, la foule, les détails de décor) est synthétique. Framestore a agi comme le "couturier" final, suturant les vagues de tournage et les éléments disparates en un tissu visuel continu.
III. LA DURÉE : TEMPORALITÉ ET RYTHME D'UN CLIMAX
3.1. Chronométrie exacte et contextualisation
Dans l'analyse d'un plan sequence, la précision temporelle est essentielle pour comprendre son impact.
Le "Oner" Latéral : La séquence spécifique du travelling latéral (le cœur de l'analyse) dure environ 2 minutes (120 secondes) de flux ininterrompu.
La Séquence Complète : L'affrontement global, incluant le dialogue pré-combat, la charge initiale, le combat dans le bus, le "oner" latéral, et la pose finale, s'étend sur une plage de 5 à 6 minutes.
Contexte du Film : Le film Deadpool & Wolverine a une durée totale confirmée de 2 heures, 7 minutes et 45 secondes (127 minutes).
Cette durée de 2 minutes pour le plan continu est un choix stratégique. Elle est nettement inférieure aux records du genre (comme le plan de 21 minutes dans Extraction 2 ou les séquences de 1917). Cependant, elle correspond parfaitement à la capacité d'attention maximale pour une action à haute densité visuelle. Un plan plus long aurait risqué de diluer l'impact de la chorégraphie et de rendre répétitive l'invulnérabilité des héros. De plus, cette durée s'aligne approximativement sur la structure couplet-refrain-couplet de la chanson "Like a Prayer" (version remixée pour le film), permettant une synchronisation narrative parfaite.
Conclusion :
La durée de la séquence est calibrée pour l'intensité plutôt que pour l'endurance. Shawn Levy a rejeté la surenchère de la durée (le "gimmick" du plan-séquence infini) au profit d'un format compact et dense (~120 secondes) qui maximise l'impact visuel et musical sans épuiser le spectateur ni le dispositif technique.
3.2. Le rythme interne : Manipulation du Temps (Speed Ramps)
La durée ressentie par le spectateur est manipulée par le montage interne du plan. Bien que la caméra se déplace à une vitesse constante (dictée par le Motion Control), l'action à l'intérieur du cadre subit des variations temporelles extrêmes via des speed ramps (accélérés et ralentis).
Ces variations servent deux fonctions :
Fonction Esthétique : Les ralentis (slow-motion) sont utilisés pour souligner les "money shots" – une décapitation particulièrement gore, une projection de sang stylisée, ou une pose iconique de Wolverine. Ils permettent au spectateur d'apprécier les détails du chaos.
Fonction Technique : Les accélérés ou les flous de mouvement (motion blur) sont souvent utilisés pour masquer les "stitch points" (les raccords entre les différentes prises). En accélérant un mouvement de caméra rapide ou le passage d'un corps devant l'objectif, les monteurs rendent la coupure invisible à l'œil nu.
L'analyse de la timeline de montage montre que le rythme de ces variations est dicté par les percussions de la musique. Chaque coup de batterie ou crescendo vocal de Madonna trouve son écho dans une altération de la vitesse de l'image, créant une symbiose audiovisuelle.
Conclusion :
La gestion de la durée est élastique et musicale. Le temps n'est pas une constante linéaire dans cette séquence ; c'est un matériau malléable que les monteurs étirent et compressent pour accentuer la dramaturgie de l'action et dissimuler les artifices de la production.
3.3. Tableau Comparatif des Séquences de Combat (Plan-Séquence)
Pour contextualiser la durée et l'approche de cette scène, il est utile de la comparer à d'autres références majeures du genre mentionnées dans l'analyse.
Oldboy (2003)Le Couloir (Marteau)~3 min Prise réelle continue Réalisme, Fatigue, Douleur
Daredevil (Saison 1)Hallway Fight~3 min Prise réelle (cachets minimes)Viscéral, Épuisement
The Avengers (2012)Battle of NY Oner~1 min 30s 100% CGI / Digital Stitch Panorama d'équipe, Géographie
Extraction 2 (2023)Prison Escape~21 min Simulé (Stitchs multiples)Immersion, Endurance pure
Ce tableau met en évidence que Deadpool & Wolverine se rapproche davantage de la logique de The Avengers (spectacle iconique et assemblage numérique) que de celle d'Oldboy (performance physique brute), tout en empruntant la latéralité de ce dernier. La durée plus courte que Extraction 2 confirme le choix de privilégier le style et la densité référentielle (le "fun") sur le réalisme immersif.
Conclusion :
En positionnant sa durée autour de deux minutes, la séquence s'affirme comme un concentré d'efficacité pop. Elle refuse la lourdeur du réalisme pour embrasser une fluidité "comic book", où le temps est au service du cool et de la musique.
CONCLUSION GÉNÉRALE
L'analyse approfondie du plan sequence du combat contre le Deadpool Corps dans Deadpool & Wolverine révèle une œuvre d'ingénierie cinématographique qui dépasse le simple cadre de la scène d'action.
Sur l'Objectif : La séquence réussit une fusion rare entre la nostalgie vidéoludique (le side-scroller), la mythologie des comics (les costumes, les variants) et la structure du clip musical. Elle utilise l'hymne de Madonna non comme un accompagnement, mais comme une fondation sacrée pour une violence profane, validant ainsi l'union des deux héros.
Sur les Coulisses : L'exploit n'est pas magique, mais méthodologique. C'est le triomphe d'une planification logistique de neuf mois sur l'improvisation. L'utilisation du Motion Control, la technique des "vagues" de cascadeurs, et l'intégration massive de VFX par Framestore démontrent comment le cinéma moderne peut "coudre" des réalités fragmentées pour créer une illusion de continuité parfaite. C'est une victoire de l'assemblage industriel sur la performance unique.
Sur la Durée : La temporalité de la séquence (environ deux minutes de flux latéral) est optimisée pour l'impact. En rejetant la surenchère de la durée, Shawn Levy a privilégié un rythme musical et une densité visuelle qui maintiennent l'engagement du spectateur sans provoquer la fatigue visuelle.
En définitive, cette séquence est le microcosme du film lui-même : une construction artificielle assumée, techniquement brillante, référentielle jusqu'à l'excès, mais sauvée par une énergie cinétique indéniable et une affection sincère pour ses protagonistes. Elle restera comme l'exemple définitif de l'action "super-héroïque post-moderne" de cette décennie, prouvant que même dans un univers de CGI, la chorégraphie et la musique restent les vecteurs ultimes de l'émotion cinétique.