Plan-séquence Deadpool & Wolverine (2024)

Preview

Réalisateur : Shawn Levy

  • Année : 2024

  • Réalisateur : Shawn Levy

  • Pays : États-Unis

  • Chef opérateur : George Richmond (BSC) — même opérateur que Les Fils de l'homme (Bexhill), Kingsman 1 (église), Kingsman 2 (diner), Free Guy

  • Superviseur VFX (le Oner) : Matthew (Framestore)

  • Storyboard artist (concept du bus sanglant) : Jeremy Simser

  • Caméras : ARRI Alexa LF + Alexa Mini LF

  • Optiques : Panavision Ultra Vista (anamorphiques) + VA Primes (sphériques)

  • Durée de la séquence : ~2 minutes 30 (estimée)

  • Nombre de plans composités : 200

  • Nombre total d'images : 5 800

  • Nombre de tâches individuelles d'artistes : plus de 1 000

  • Équipe compositing : 4 compositeurs à plein temps pendant 9 mois + 20-30 artistes intermittents

  • Préparation : 9 mois (storyboards → prévisualisation → tournage)

  • Lieu de tournage : Pinewood Studios, backlot — bloc urbain style New York, bâtiments de deux étages étendus en hauteur en post-production, rues prolongées jusqu'à l'horizon

  • Période de tournage : novembre-décembre (extérieur, météo britannique changeante)

  • Musique : "Like a Prayer" — Madonna

  • Budget du film : ~200 millions de dollars

  • Sources principales : Shawn Levy (Entertainment Weekly / CBR, 2024) ; Framestore / Foundry (behind the scenes VFX, 2024) ; George Richmond (Frame.io Insider, 2024) ; Collider — commentaire Levy + Reynolds, featurette "Finding Madonna: Making the Oner" (2024) ; Screen Rant — exclusive clip (2024) ; Movieweb — Levy + Reynolds interview (2024)

Le Void. Un terrain vague post-apocalyptique où atterrissent les rebuts du multivers. Deadpool (Ryan Reynolds), Wolverine (Hugh Jackman) et une poignée d'alliés improbables, X-23, Elektra, Gambit, Blade, viennent de s'unir pour affronter l'armée de Cassandra Nova. Mais avant ça, il y a le Deadpool Corps. Des dizaines de variants de Deadpool, Lady Deadpool (Blake Lively), Cowboypool (Matthew McConaughey), Kidpool, Headpool, et une horde de clones masqués, surgissent dans les rues d'un bloc urbain new-yorkais reconstitué. "Like a Prayer" de Madonna démarre. Et la caméra commence à glisser. De gauche à droite. Toujours de gauche à droite. Un travelling latéral unique, ininterrompu, qui traverse le massacre comme un panoramique de fresque, Deadpool tranche, Wolverine éviscère, les variants se régénèrent et reviennent, les corps volent, le sang gicle, et la caméra avance, avance, avance, jusqu'à un bus dont les vitres se couvrent progressivement d'éclaboussures de sang, et Deadpool et Wolverine qui atterrissent devant la caméra dans un démontage raté, maladroit, volontairement anti-héroïque. Le plan s'arrête. Le massacre est terminé. Madonna chante toujours.

Pourquoi cette scène est culte

Levy n'a pas caché ses intentions : "Ce plan aspirait à être une symphonie extatique de violence." Le mot clé est "extatique", pas réaliste, pas viscéral, pas moral. Extatique. Jouissif. Le Oner de Deadpool & Wolverine est le plan-séquence comme pure célébration, une fête de violence cartoonesque filmée en travelling latéral, toujours de gauche à droite, comme un défilement de bande dessinée ou un side-scroller de jeu vidéo. Levy a confirmé l'influence directe : 300, Watchmen, et Old Boy (dont le combat du couloir a inspiré les deux premiers).

Mais le détail qui ancre la scène dans l'émotion, et qui l'élève au-dessus du simple exercice de style, c'est qu'elle marque la première fois que Deadpool et Wolverine se battent réellement ensemble. Pas l'un contre l'autre (la scène du Honda Odyssey), pas côte à côte par accident (le Void). Ensemble, par choix, comme une équipe. Le travelling latéral est l'outil de cette union : en gardant les deux dans le même plan, dans le même mouvement, sans jamais les séparer par une coupe, Levy grave leur alliance dans la continuité de l'image.

Et puis il y a la fin, inventée par le storyboard artist Jeremy Simser : le bus dont les vitres se couvrent progressivement de sang. Reynolds a insisté pour que Deadpool et Wolverine atterrissent devant la caméra avec un démontage raté : "Tu veux toujours zigzaguer quand le genre s'attend à ce que tu ailles tout droit." Après une symphonie de violence parfaitement chorégraphiée, les deux héros se cassent la figure. C'est du Deadpool pur, détruire la pose héroïque au moment exact où le spectateur l'attend.

Comment ils l'ont tournée

Levy a décrit le plan comme "le plan le plus compliqué que j'aie jamais fait dans n'importe quel film, et franchement, il est plus compliqué que la plupart des plans que n'importe lequel d'entre nous verra dans n'importe quel film". Neuf mois de préparation, du concept initial au tournage. Le processus : storyboards (Jeremy Simser), puis prévisualisation animée, puis tournage.

Le tournage a eu lieu sur le backlot de Pinewood Studios, un bloc urbain style New York avec des bâtiments de deux étages. Les bâtiments ont été étendus en hauteur en post-production, et les rues prolongées numériquement jusqu'à l'horizon. Le tournage s'est déroulé en novembre et décembre, en extérieur, sous la météo britannique imprévisible. Framestore a noté que "presque chaque plan était différent en termes de lumière" à cause des changements de ciel constants.

Le plan final est un assemblage de 200 plans distincts, totalisant 5 800 images. Framestore a décrit le Oner comme "un monstre logistique" : plus de 1 000 tâches individuelles d'artistes ont été nécessaires. Quatre compositeurs à plein temps ont travaillé sur le plan pendant neuf mois, assistés de 20 à 30 artistes intermittents. Le Deadpool Corps, des dizaines de variants, était principalement tourné sur le plateau avec des acteurs et cascadeurs en costume, puis complété par des personnages de foule injectés numériquement via le système de particules de Nuke, pilotés par la géométrie 3D du décor.

Les lampadaires de la rue étaient rendus en 3D et animés par programmation procédurale pour fonctionner comme de vrais feux de circulation. Les extensions de décor (hauteur des bâtiments, profondeur de la rue) nécessitaient des Digital Matte Paintings parfaitement raccordés avec le plateau physique, un défi d'autant plus complexe que la caméra avançait en travelling latéral constant, révélant de nouveaux angles à chaque instant.

George Richmond, le chef opérateur, filmait sur ARRI Alexa LF et Mini LF avec des optiques Panavision Ultra Vista (anamorphiques) et VA Primes (sphériques), un mix de focales inhabituel qui lui permettait de varier les textures d'image au sein du même film. Pour le Oner spécifiquement, le travelling latéral exigeait une stabilisation parfaite et une cadence constante, le mouvement devait être métronomique pour que les 200 plans s'assemblent en post.

Le featurette du Blu-ray dédié à cette scène s'appelle "Finding Madonna: Making the Oner", une référence au fait que "Like a Prayer" de Madonna était intégré au concept dès le tout premier jour. Levy a confirmé : "Toujours un travelling latéral, toujours de gauche à droite, toujours dans notre esprit sur 'Like a Prayer'."

Ce qu'il faut observer en la revoyant

  • Le sang sur les vitres du bus (~fin du plan) — Inventé par le storyboard artist Jeremy Simser. Les vitres d'un bus se couvrent progressivement d'éclaboussures de sang au fil du massacre. C'est à la fois un gag visuel (le bus comme score de violence), un cadrage de bande dessinée (les fenêtres comme cases), et une transition vers la fin du plan.

  • Le travelling gauche→droite (tout le plan) — La caméra ne change jamais de direction. C'est un défilement latéral pur, comme un panoramique de fresque murale, comme un side-scroller, comme une page de comics qu'on lit de gauche à droite. Regardez combien de temps il vous faut pour réaliser que la caméra n'a pas changé d'axe une seule fois.

  • L'atterrissage raté (~fin) — Après une séquence de violence parfaitement orchestrée, Deadpool et Wolverine atterrissent devant la caméra et se vautrent. Reynolds a insisté. C'est la signature Deadpool : casser le quatrième mur de la mise en scène, pas seulement du dialogue.

Le saviez-vous ?

George Richmond, le chef opérateur, est le même homme qui a porté la caméra à la main dans la bataille de Bexhill pour Les Fils de l'homme (2006), qui a filmé la scène de l'église de Kingsman (2014), le diner de Kingsman : Le Cercle d'Or (2017), et maintenant le plan sequence de Deadpool & Wolverine (2024). Quatre des plans-séquences de combat les plus célèbres des 20 dernières années et le même opérateur derrière chacun d'entre eux. L'arc George Richmond est désormais le fil conducteur le plus long de toute cette collection : du handheld documentaire de Cuarón au travelling latéral pop de Levy, en passant par les speed ramps de Vaughn, Richmond a accompagné chaque mutation du plan-séquence d'action du XXIe siècle.

Le plan sequence de Deadpool & Wolverine pousse la logique du plan-séquence composite à son extrême industriel : 200 plans assemblés, là où Kingsman en utilisait quelques dizaines et Les Fils de l'homme quelques-uns. C'est le point d'aboutissement de 20 ans d'évolution technique, du bricolage mécanique de la voiture des Fils de l'homme (2006) au "monstre logistique" de 5 800 images de Framestore (2024). Et pourtant, l'effet sur le spectateur reste le même : la caméra ne coupe pas, le temps ne s'arrête pas, et vous êtes enfermé dans le massacre avec eux. Que ce massacre soit filmé sous la pluie de Pinewood avec Madonna en bande-son n'enlève rien à sa puissance, ça la rend juste plus joyeuse.

Sources

  • Shawn Levy — Entertainment Weekly / CBR, "'It's One of Our Great Prides': Shawn Levy Breaks Down the Most Complicated Shot in Deadpool & Wolverine" (août 2024)

  • Framestore / Foundry — "Deadpool & Wolverine VFX: Behind the scenes with Framestore" (2024)

  • George Richmond — Frame.io Insider, "The Cinematographer's Guide to Deadpool & Wolverine" (septembre 2024)

  • Collider — "Shawn Levy & Ryan Reynolds Marvel Over Deadpool & Wolverine in Commentary Sneak Peek" (septembre 2024)

  • Screen Rant — exclusive clip, filmmaker commentary featurette (octobre 2024)

  • Movieweb — "Deadpool & Wolverine's Best Fight Scene Explained by Ryan Reynolds & Shawn Levy" (août 2024)

  • CBR — interview Levy sur le Deadpool Corps et les cameos (août 2024)

  • Wikipedia — Deadpool & Wolverine

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