Plan séquence Contact (1997)

Aperçu
  • Année : 1997

  • Réalisateur : Robert Zemeckis

  • Pays : États-Unis

  • Chef opérateur : Don Burgess (ASC)

  • Superviseurs VFX : Ken Ralston et Stephen Rosenbaum (Sony Pictures Imageworks)

  • Studio VFX : Sony Pictures Imageworks (séquence intégralement réalisée en CGI)

  • Durée du plan : ~3 minutes

  • Méthode : 100% CGI - animation numérique intégrale, aucune captation physique

  • Mouvement de caméra : pullback continu depuis l'orbite terrestre jusqu'à l'espace profond, résolvant dans la pupille d'un œil humain

  • Bande sonore : signaux radio réels - chronologie inversée à mesure que la caméra s'éloigne de la Terre (musique contemporaine → années 80 → années 70 → Kennedy → Apollo 11 → premières émissions radio → silence)

  • Détail final : les yeux de la jeune Ellie (Jena Malone) sont numériquement remplacés par ceux de Jodie Foster - Robert Zemeckis : "Les yeux de Jena ne sont pas vraiment cette couleur, ce sont ceux de Jodie"

  • Comparaison contemporaine : séquence similaire au pullback final de Men in Black (ILM, sorti le même été 1997) mais inversée et plus longue

  • Budget du film : 90 millions de dollars

  • Source littéraire : Carl Sagan - Contact (roman, 1985)

L'écran est noir. Puis la Terre apparaît. Vue depuis l'exosphère, la couche la plus haute de l'atmosphère. Et le bruit. Tous les bruits. Des dizaines de stations de radio, de chaînes de télévision, de fréquences superposées, hip-hop, rock, publicités, journaux télévisés, talk-shows. La cacophonie de 1997. La caméra commence à reculer. Lentement. La Terre rétrécit. La Lune passe dans le cadre. Les signaux radio changent, le hip-hop de 1997 cède la place au grunge du début des années 90, puis au pop des années 80, puis au disco des années 70. La caméra continue de reculer. Mars défile. Jupiter. Les anneaux de Saturne. Les signaux deviennent plus anciens : la voix de Kennedy, le discours d'investiture, Apollo 11 "un petit pas pour l'homme". La caméra traverse le nuage de Oort. L'espace interstellaire. Les premières émissions radio des années 20 et 30 crépitent, puis disparaissent. Le silence. La caméra traverse la Bulle Locale. La Voie Lactée se révèle dans sa totalité, un bras spiralé parmi des milliards d'étoiles. D'autres galaxies apparaissent, le Groupe Local, des amas, des filaments cosmiques. Puis plus rien. L'espace profond. Le silence absolu. Et soudain, l'image se résout. Le noir de l'espace devient le noir d'une pupille. La pupille d'un œil. L'œil d'une enfant de 9 ans, Ellie Arroway, assise devant son poste de radio amateur, un casque sur les oreilles, qui écoute le ciel. Trois minutes. De la Terre à l'infini. De l'infini à un œil d'enfant. Un seul plan.

Pourquoi cette scène est culte

Zemeckis a décrit le plan dans le commentaire DVD (cité dans Art of the Title) : "Cette séquence d'ouverture, ce zoom arrière incroyable à travers l'univers, qui vous emmène des 'trop de sons et trop de voix' de ce que nous sommes sur Terre vers le passé où tous nos sons et tous les signaux radio que nous avons émis finissent par vous amener à cet endroit plus calme où aucun de nos cris stridents n'apparaît." C'est le thème du film entier compressé en trois minutes : le signal qu'Ellie cherchera toute sa vie adulte (la preuve d'une intelligence extraterrestre) voyage à la vitesse de la lumière. Les signaux radio terrestres s'éloignent de la Terre à cette même vitesse. Plus la caméra recule, plus les signaux sont anciens et plus loin vous allez, plus le silence est total. Quelque part dans ce silence, il y a peut-être quelqu'un qui écoute. Ellie est cette personne.

TV Tropes a résumé : "Un pullback incroyable qui, à partir de l'orbite terrestre, vous donne la plus infime idée de l'INCROYABLE IMMENSITÉ de l'univers." C'est exact mais le plan fait plus que montrer l'immensité. Il la fait entendre. La bande-son est aussi précise que l'image : chaque signal radio correspond à la distance exacte qu'il aurait parcourue à la vitesse de la lumière depuis sa date d'émission. La voix de Kennedy (1961) est audible à environ 36 années-lumière de la Terre. Apollo 11 (1969) à 28. Les premières émissions radio (années 1920) à environ 77. Au-delà de 80 années-lumière, le silence est total parce que l'humanité n'émettait pas encore de signaux radio. La rigueur scientifique vient de Carl Sagan lui-même, qui a co-développé le concept avec Zemeckis.

Et la résolution finale, la pupille d'Ellie, est le coup de génie. Zemeckis : "Ce que je trouve tellement cool dans ce plan, c'est que les yeux de Jena ne sont pas vraiment cette couleur, ce sont ceux de Jodie." Les yeux de Jena Malone ont été numériquement remplacés par ceux de Jodie Foster créant une continuité visuelle entre l'enfant et l'adulte. La pupille qui contient l'univers est la pupille de la femme qui passera sa vie à l'écouter.

Comment ils l'ont tournée

Le plan est 100% CGI, aucune captation physique. Sony Pictures Imageworks a construit numériquement chaque élément : la Terre (avec une atmosphère réaliste, des nuages, des continents), la Lune, Mars, Jupiter, Saturne (les anneaux ont été spécifiquement salués par VFX HQ comme "particulièrement réussis"), des formations d'astéroïdes, des nébuleuses, la Voie Lactée, et les galaxies du Groupe Local. Chaque objet devait être positionné à la bonne distance et à la bonne échelle, un travail d'astrophysique autant que d'animation.

VFX HQ a comparé le plan au pullback final de Men in Black (ILM, 1997) sorti le même été. MIB se terminait par un zoom arrière depuis une rue de New York jusqu'à la Voie Lactée. Contact s'ouvre par un mouvement similaire mais plus long, plus détaillé, et avec la couche sonore des signaux radio, une dimension que MIB n'avait pas. La comparaison est révélatrice : les deux films utilisent le même truc (le pullback cosmique), mais Contact le charge de sens narratif et scientifique.

Ken Ralston a décrit la philosophie dans l'interview vfxblog : "Ce n'est pas un film pour le public estival classique. C'est pour les adultes. Donc ça aurait abîmé le film si on avait visé le spectacle pur." Le plan d'ouverture est spectaculaire mais il n'est pas gratuit. Chaque seconde porte une information : la distance, le temps, le signal, le silence. C'est du spectacle au service de la science. Et c'est la raison pour laquelle Sagan, un scientifique qui avait passé sa vie à combattre la vulgarisation facile, a approuvé le concept avant sa mort en décembre 1996, quelques mois avant la sortie du film.

La transition finale, de l'espace profond à la pupille d'Ellie, est un raccord numérique. Le noir de l'espace se fond avec le noir de la pupille par un morphing progressif. Le reflet des étoiles dans l'iris d'Ellie est ajouté numériquement. C'est un plan de 3 minutes entièrement calculé par ordinateur qui se termine sur un visage humain, le seul élément physiquement filmé de toute la séquence. La machine se termine par l'humain. C'est le sujet du film.

Ce qu'il faut observer en la revoyant

  • Les signaux radio (~tout le plan) Écoutez la bande-son, pas l'image. Chaque signal correspond à sa distance réelle de la Terre à la vitesse de la lumière. Le hip-hop de 1997 est audible en orbite. Kennedy est à 36 années-lumière. Apollo 11 à 28. Les premières émissions radio à 77. Au-delà : le silence. C'est de l'astrophysique en temps réel.

  • Les anneaux de Saturne (~minute 1) VFX HQ a spécifiquement salué le rendu des anneaux. En 1997, le CGI spatial était encore rudimentaire, la plupart des films utilisaient des matte paintings. Les anneaux de Contact sont modélisés en 3D avec une transparence et une réfraction qui restent crédibles 28 ans plus tard.

  • La pupille (~fin du plan) Le noir de l'espace devient le noir d'un œil. Les yeux de Jena Malone ont été remplacés par ceux de Jodie Foster pour que l'enfant qui écoute le ciel ait les mêmes yeux que la femme qui recevra le signal. L'univers entier est contenu dans cette pupille.

Le saviez-vous ?

Carl Sagan est mort le 20 décembre 1996, sept mois avant la sortie de Contact. Il n'a jamais vu le film terminé mais il avait approuvé le concept du pullback d'ouverture et collaboré au script pendant les dix années de développement du projet. Le roman Contact (1985) était à l'origine un traitement de film que Sagan avait développé avec sa femme Ann Druyan pour la Warner Bros. dans les années 1970. Le projet a changé de mains, de réalisateur et de format (roman → film) pendant deux décennies avant que Zemeckis ne le réalise. Le plan d'ouverture est, d'une certaine façon, la dernière idée de Sagan à avoir été portée à l'écran.

Contact est maintenant le premier film de cette collection à avoir deux articles et les deux plans sont des inversions l'un de l'autre. Le pullback d'ouverture va de la Terre vers l'infini, du bruit vers le silence, du connu vers l'inconnu. Le miroir d'Ellie va d'un couloir vers un reflet, du mouvement vers l'immobilité, de l'urgence vers la mémoire. L'un est 100% CGI, l'autre est 100% Steadicam pratique avec une coupe VFX. L'un dure 3 minutes et traverse l'univers. L'autre dure 30 secondes et traverse un couloir. Et les deux se terminent de la même façon : par un œil. La pupille d'Ellie à la fin du pullback. Le reflet dans le miroir du plan de l'armoire. Zemeckis a fait un film entier sur le regard sur ce que signifie regarder, écouter, chercher. Et les deux plans séquences de Contact sont les deux formes de ce regard : un regard vers l'extérieur (l'univers) et un regard vers l'intérieur (la mémoire).

Sources

  • Ken Ralston & Stephen Rosenbaum - commentaire audio DVD Contact (1997)

  • Ken Ralston - vfxblog, "The Famous Mirror Shot in Contact..." (juillet 2017)

  • Robert Zemeckis - commentaire audio DVD (cité dans Art of the Title)

  • Art of the Title - "Contact" (novembre 2009)

  • VFX HQ - "Contact" (analyse technique, 1997)

  • TV Tropes - Contact (Film)

  • Warner Bros. Wiki / Fandom - Contact (1997 American film)

  • Wikipedia - Contact (1997 American film)

  • Carl Sagan - Contact (roman, Simon & Schuster, 1985)

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