Plan-séquence Creed (2015)

Preview

Réalisé par Ryan Coogler

Titre du film : Creed : L'Héritage de Rocky Balboa

  • Année : 2015

  • Réalisateur : Ryan Coogler

  • Pays : États-Unis

  • Chef opérateur : Maryse Alberti (The Wrestler, The Visit)

  • Opérateur Steadicam : Benjamin Semanoff (Philadelphien de naissance)

  • Coordinateur cascade / chorégraphe combat : Clayton J. Barber

  • Caméra : ARRI Alexa

  • Stabilisation : Steadicam (pour le combat dans le ring) + MōVI (pour l'entrée dans le ring)

  • Durée du plan : ~4 minutes 30 secondes

  • Nombre de prises : 13. Seules la 11e et la 13e étaient utilisables. La 11e est dans le film.

  • Préparation : 1 mois de répétitions pour Jordan ; 1 semaine de blocage spécifique au plan-séquence

  • Tournage : 3e jour de production. Une seule caméra. Aucun plan de coupe filmé.

  • Éclairage du ring : John Duncan (spécialiste de l'éclairage de boxe live)

  • Adversaire : Gabriel Rosado (vrai boxeur professionnel)

  • VFX : minimes, coupure au-dessus de l'œil de Jordan et faux sang ajoutés numériquement dans la prise

  • Stitching : AUCUN. Plan unique vérifié et confirmé par Alberti.

  • Sources principales : Maryse Alberti (Variety, 2015) ; Ryan Coogler (BuzzFeed, NYT Anatomy of a Scene, ScreenCrush, 2015) ; Benjamin Semanoff (Filmmaker Magazine, 2016) ; Clayton J. Barber (crédité) ; Tessa Thompson (Bustle, 2015)

Philadelphie. Le premier vrai combat professionnel d'Adonis Creed (Michael B. Jordan). Rocky (Sylvester Stallone) est dans son coin. Bianca (Tessa Thompson) est dans le public. L'adversaire s'appelle Leo "The Lion" Sporino (Gabriel Rosado, un vrai boxeur professionnel, pas un acteur). Le gong sonne. Et pendant quatre minutes trente, la caméra reste dans le ring. Elle ne coupe pas. Elle ne sort pas. Elle tourne autour des deux combattants, se glisse entre eux quand ils se rapprochent, recule quand un coup part, plonge vers les visages ensanglantés, file vers le coin de Rocky quand la cloche sonne, revient quand le round reprend et ne coupe toujours pas. Le combat couvre deux rounds complets (raccourcis à une minute trente chacun, contre trois minutes en boxe réelle), la pause entre les deux, le knockout, et la célébration. Tout ça en un seul plan continu. Pas un faux plan continu. Un vrai.

Pourquoi cette scène est culte

"Tout le monde pense qu'on triche, mais c'est un seul plan", a dit Maryse Alberti. Et c'est vrai, vérifié, confirmé, documenté. Aucun stitching en post-production, aucune coupe cachée. Ce que vous voyez est la prise 11 sur 13, d'un seul tenant.

La raison du plan continu n'est pas la virtuosité technique, c'est la solitude. Coogler voulait capturer le moment précis où un boxeur réalise qu'une fois dans le ring, il est seul. "Vous voyez Rocky le quitter. Vous ne pouvez qu'entendre Rocky, puis Rocky revient à la pause, puis Rocky repart, puis Rocky revient après", a expliqué Coogler. "C'est ce yo-yo émotionnel qu'on voulait capturer avec la caméra et c'est là que le plan continu s'est imposé." Le refus de couper crée le même isolement pour le spectateur que pour Adonis : vous êtes enfermé dans le ring avec lui, sans échappatoire, sans pause, sans plan de coupe vers le public ou vers Rocky pour reprendre votre souffle. Quand Adonis prend un coup, vous le prenez aussi. Quand il est épuisé à la fin du premier round, vous l'êtes aussi.

Et puis il y a l'héritage. Rocky (1976) est l'un des tout premiers films de l'histoire du cinéma à avoir utilisé un Steadicam, la scène mythique de Stallone montant les marches du Philadelphia Museum of Art. Quarante ans plus tard, Creed utilise le même outil, dans la même ville, pour le fils du rival de Rocky. Benjamin Semanoff, l'opérateur Steadicam de Creed, est un Philadelphien de naissance qui connaissait parfaitement cet héritage. C'est un plan séquence qui regarde un autre plan-séquence dans le miroir.

Comment ils l'ont tournée

Coogler a pris la décision de filmer le combat en un seul plan trois semaines avant le début du tournage. Il n'avait pas de plan B. Une seule caméra était sur le plateau. Aucun plan de coupe n'a été filmé. "On a sauté de la falaise en disant : on y va", a dit Coogler. Si le plan continu ne marchait pas, les monteurs auraient essayé d'assembler les différentes prises en un montage conventionnel mais ce n'était pas le plan.

Michael B. Jordan avait passé un mois en répétitions de chorégraphie de combat, dont une semaine entière consacrée au blocage du plan-séquence. Il travaillait non seulement avec Gabriel Rosado (son adversaire, vrai boxeur) mais aussi avec Benjamin Semanoff parce que l'opérateur Steadicam était littéralement dans le ring avec eux, comme un troisième boxeur invisible. Semanoff a pris des cours de boxe pour être assez agile sur ses pieds et esquiver les coups tout en maintenant le cadre. Un ring de boxe avait été monté à côté du bureau de production pour que l'équipe, Jordan, Rosado, Semanoff, Coogler, Alberti, et le coordinateur Clayton Barber, puisse répéter la séquence pas à pas. Stallone et Tessa Thompson ont été intégrés à la fin des répétitions, pour une journée, pour caler leurs entrées et sorties.

Le plan a été tourné le troisième jour de production, une décision audacieuse. 13 prises au total. Chaque fois que la chorégraphie foirait, il fallait tout arrêter. Seules la 11e et la 13e étaient complètes et utilisables. La 11e est dans le film.

L'éclairage n'était pas un problème majeur : John Duncan, spécialiste de l'éclairage de vrais événements de boxe live, a éclairé le ring de façon uniforme dans toutes les directions, exactement comme pour un vrai combat télévisé. Alberti avait une seule exigence : "Pouvoir s'approcher vraiment des boxeurs sans ombres portées. J'essayais toujours de ramener la caméra vers le drame et l'intensité du visage."

Les VFX étaient minimes : la coupure au-dessus de l'œil de Jordan et quelques ajouts de faux sang ont été intégrés numériquement dans la prise après coup. Tout le reste, les coups, les mouvements, les chutes, les réactions, est réel et en temps réel.

Un détail sur l'entrée dans le ring, la scène qui précède : Semanoff a révélé dans Filmmaker Magazine qu'elle contient en réalité deux coupes cachées. La séquence commence dans le vestiaire (improvisé le jour même par Coogler : "Vois ce que tu peux faire ici"), se poursuit dans le couloir en Steadicam, coupe dans l'obscurité vers un deuxième plan Steadicam dans les gradins, puis un lens flare ajouté en post masque la transition vers un plan MōVI qui suit Adonis à travers les cordes dans le ring. Mais une fois dans le ring, une fois le combat commencé, il n'y a plus aucune coupe. C'est là que commence le vrai plan continu.

Ce qu'il faut observer en la revoyant

  • Le retour de Rocky au coin (~fin du round 1) — Quand la cloche sonne, la caméra file vers le coin d'Adonis. Rocky arrive, parle, donne des instructions. Puis il repart. Et la caméra revient vers le centre du ring pour le deuxième round. Ce mouvement de va-et-vient, le "yo-yo émotionnel" décrit par Coogler, est le cœur dramatique du plan. Rocky est là, puis il n'est plus là, puis il revient. Le plan continu rend cette oscillation physiquement ressentie.

  • La fatigue réelle de Jordan (~minute 3-4) — À la fin du deuxième round, regardez le souffle de Jordan. Ce n'est pas du jeu. C'est la 11e prise d'une séquence de 4 minutes 30 de combat chorégraphié, son corps est réellement épuisé. Et cette fatigue alimente le personnage.

  • Semanoff, le boxeur invisible (tout le plan) — Essayez de deviner où se trouve l'opérateur Steadicam. Il est dans le ring avec eux, esquivant les coups, tournant autour des deux combattants et de l'arbitre. Vous ne le voyez jamais. Mais il est là, le troisième homme dans le ring.

Le saviez-vous ?

Quand Stallone est arrivé sur le plateau le jour du tournage, son premier retour dans le rôle de Rocky depuis Rocky Balboa (2006), les 300 figurants Philadelphiens présents dans la salle se sont levés et ont commencé à chanter et à crier. Il a fallu dix minutes pour les calmer. Coogler a raconté : "J'étais tellement concentré sur la préparation de la scène que j'avais oublié que c'était la première fois qu'il revenait dans ce personnage. Et Sly, il ne s'y attendait pas non plus. Il est arrivé sur le plateau et on discutait de ce qui allait se passer, et le public est devenu fou. C'était vraiment émouvant."

Maryse Alberti a étudié Rocky avant le tournage, mais s'est davantage inspirée du film Un prophète (2009, Audiard) pour le mélange handheld/Steadicam. Elle n'a pas voulu refaire Raging Bull : "Un film comme Raging Bull est magnifique, mais ce n'est pas ce qu'on voulait faire. Ryan voulait rester dans le domaine de la réalité."

Ce plan-séquence est unique dans la collection du sitepour une raison simple : c'est le seul vrai plan continu de combat. Tous les autres, Old Boy, Atomic Blonde, Kingsman, London Has Fallen, sont des plans assemblés avec des coupes cachées. Creed est le seul où la caméra roule, le combat commence, et personne ne coupe jusqu'à la fin. C'est aussi le seul plan-séquence de la collection qui est au service de l'émotion pure, pas de la virtuosité (Scorsese), pas de l'immersion dans le chaos (Cuarón), pas de l'éthique (Haneke), pas du fantasme de puissance (London Has Fallen). Juste un homme seul dans un ring, et une caméra qui refuse de le quitter.

Sources

  • Maryse Alberti, interview Variety — "Yes, That Dazzling Boxing Sequence in Creed Really Was One Shot" (décembre 2015)

  • Ryan Coogler, interview BuzzFeed — "Inside The Most OMG Scene In Creed" (novembre 2015)

  • Ryan Coogler, NYT Anatomy of a Scene — narration vidéo (décembre 2015)

  • Ryan Coogler, interview ScreenCrush (décembre 2015)

  • Benjamin Semanoff, interview Filmmaker Magazine — "How They Pulled Off Creed's Two Biggest Shots" (avril 2016)

  • Tessa Thompson, interview Bustle (novembre 2015)

  • Screen Rant — "How Creed's Single Take Fight Was Filmed" (2021)

  • SlashFilm — "How That Amazing Creed Single Shot Boxing Sequence Was Created" (2015)

  • No Film School — "Anatomy of a Scene: Ryan Coogler Narrates a Single Take Fight Scene" (2015)

  • We Minored In Film — "The 8 Steps It Took to Pull Off Creed's Amazing Single Shot Boxing Scene" (2015)

  • Pro Video Coalition / Adorama — "Shooting the Holiday Blockbuster: Creed and the Evolution of the Fight Scene" (2015)

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