Creed (2016)

Preview

Réalisé par Ryan Coogler

L'Immersion Absolue : Analyse Technique, Esthétique et Narrative du Plan-Séquence dans "Creed"

Introduction

Dans l'histoire du cinéma sportif, peu de franchises portent un héritage aussi lourd que celle de Rocky. Depuis le film original de 1976, la saga a défini, codifié et parfois caricaturé la manière dont la boxe est représentée à l'écran. Lorsque Ryan Coogler reprend le flambeau en 2015 avec Creed, il ne se contente pas de raconter une nouvelle histoire ; il entreprend une refonte complète de la grammaire visuelle de la franchise. Au cœur de cette révolution esthétique se trouve une séquence devenue instantanément légendaire : le premier combat professionnel d'Adonis Johnson (Michael B. Jordan) contre Leo "The Lion" Sporino (Gabriel Rosado), capturé en un unique plan séquence ininterrompu.

Ce rapport se propose de décortiquer cette séquence avec une rigueur académique et technique. Loin d'être un simple artifice de style ou une prouesse pour épater la galerie, ce plan-séquence répond à une nécessité narrative impérieuse, mobilise une logistique de production d'une complexité rare et manipule la temporalité filmique pour créer une expérience sensorielle inédite. Nous analyserons cette œuvre en trois parties distinctes : l'Objectif profond du réalisateur, les Coulisses techniques de l'exploit, et l'étude structurelle de sa Longueur.

Partie 1 : Objectif

Raisonnement

L'analyse de l'objectif derrière le plan sequence du combat Adonis Johnson contre Leo Sporino exige de dépasser la simple observation technique pour pénétrer la psychologie du protagoniste, la vision de l'auteur et la métatextualité de l'œuvre. Ryan Coogler, en collaboration avec la directrice de la photographie Maryse Alberti, n'a pas choisi la continuité par hasard. Ce choix découle d'une réflexion approfondie sur la nature de la solitude, le réalisme documentaire et la rupture avec l'héritage stylistique des années 8

1. La phénoménologie de l'abandon et l'isolation du boxeur

L'intention primaire de Ryan Coogler est d'ancrer le spectateur dans une réalité subjective stricte, celle du boxeur une fois la cloche sonnée. Coogler, ancien athlète universitaire (football américain), a souvent théorisé sur la différence fondamentale entre les sports d'équipe et la boxe. Dans un sport d'équipe, l'erreur est diluée ; sur le ring, l'erreur est immédiate, douloureuse et solitaire.

L'objectif du plan séquence est de matérialiser visuellement concept de "non-assistance". Maryse Alberti explique que la vision de Coogler était de "rester dans le domaine de la réalité" pour souligner qu'une fois dans le carré de lumière, "vous n'avez pas de coéquipiers" et "il n'y a personne sur qui s'appuyer". Le montage traditionnel, par ses coupes, offre inconsciemment au spectateur une échappatoire, une respiration artificielle, un changement de point de vue qui soulage la tension. En supprimant la coupe, Coogler supprime l'échappatoire. Il enferme le spectateur avec Adonis.

Cette approche vise à reproduire ce que Coogler décrit comme le moment le plus effrayant pour un athlète ou un artiste : l'instant où l'on obtient enfin sa chance (le "shot") et où il n'y a plus d'excuses possibles. Si Adonis échoue, la caméra ne coupera pas pour cacher sa chute. Cette continuité force une identification haptique : nous ressentons la claustrophobie du ring parce que l'œil de la caméra ne peut pas en sortir. C'est une traduction cinématographique de la pression psychologique qui pèse sur les épaules du fils d'Apollo Creed, qui doit prouver sa valeur sans le filet de sécurité de son nom ou du montage.

2. Rupture esthétique et héritage du montage "Rocky"

Pour comprendre l'objectif de ce plan, il faut le contextualiser par rapport à l'histoire de la franchise. Les films Rocky, en particulier les épisodes III et IV, ont popularisé le "montage de combat" : une succession rapide de plans, souvent accompagnés de musique extradiégétique, d'effets sonores hyper-stylisés (des coups de poing sonnant comme des coups de feu) et d'ellipses temporelles massives.

Creed se positionne en antithèse de cette esthétique. L'objectif est de démythifier le combat pour le re-humaniser. Coogler et Alberti s'inspirent davantage du cinéma vérité et de drames réalistes comme The Wrestler (également photographié par Alberti) ou Un prophète de Jacques Audiard.

L'intention est de dépouiller la boxe de son glamour cinématographique pour révéler sa nature brute. En refusant le montage, le film refuse de manipuler le temps pour rendre le combat plus "spectaculaire" au sens hollywoodien. Le spectacle ne vient plus de l'artifice de la post-production, mais de la performance physique réelle et de l'endurance. C'est une déclaration d'intention : Creed n'est pas un film de super-héros en shorts de satin, c'est un drame intimiste filmé avec une caméra participante.

3. Le "Yo-Yo émotionnel" et la gestion de l'espace

Un aspect crucial de l'objectif narratif est la capture de la dynamique spatiale entre le combattant et son coin. Coogler décrit ce processus comme un "yo-yo d'émotion". Le combat de boxe est rythmé par une alternance binaire :

  1. L'exposition au danger (Centre du ring) : Adonis est seul face à Sporino.

  2. Le refuge temporaire (Le coin) : Adonis retrouve la figure paternelle de Rocky.

Le plan sequence est le seul outil capable de lier organiquement ces deux états sans rupture. La caméra accompagne physiquement Adonis lorsqu'il quitte la protection de Rocky pour se jeter dans la fournaise, puis lorsqu'il y retourne, chancelant, pour chercher du réconfort. Cette continuité spatiale permet de visualiser le lien ombilical invisible qui relie le boxeur à son entraîneur. "Vous voyez Rocky le quitter. Vous ne pouvez qu'entendre Rocky, puis Rocky revient", explique Coogler. Si la scène avait été découpée, cette tension élastique entre la voix de Rocky (lointaine, puis proche) et le corps d'Adonis aurait été brisée. L'objectif est donc de faire ressentir la distance physique comme une distance émotionnelle.

4. L'authenticité comme argument narratif

Enfin, l'objectif est de valider la légitimité de Michael B. Jordan en tant qu'acteur-athlète. Dans une ère dominée par les doublures numériques et le "face replacement", le plan séquence agit comme un certificat d'authenticité. En montrant Jordan effectuer une chorégraphie complexe de plusieurs minutes, encaisser des coups (simulés mais physiquement engagés) et interagir avec un vrai boxeur professionnel (Gabriel Rosado) sans coupure, le film établit un pacte de vérité avec le public.1 L'objectif est de dire : "Ce que vous voyez est réel, l'effort est réel, la fatigue est réelle." Cela renforce l'enjeu dramatique : nous craignons pour Adonis parce que nous voyons que l'acteur lui-même est en danger physique, sans filet de sécurité.

Conclusion : Partie 1

L'objectif du plan-séquence dans Creed transcende la simple virtuosité technique pour devenir le pilier central de la narration du film.

  1. Immersion Subjective : Il vise à isoler le protagoniste pour faire vivre au spectateur la solitude terrifiante du ring ("pas d'échappatoire") et la responsabilité individuelle de l'athlète.

  2. Réalisme Documentaire : Il marque une rupture esthétique volontaire avec le style "clipesque" des précédents Rocky, ancrant le film dans une modernité réaliste héritée du cinéma indépendant.

  3. Continuité Émotionnelle : Il matérialise le "yo-yo émotionnel" entre le combat et le coin, transformant la distance spatiale en tension dramatique.

  4. Preuve de Performance : Il sert de validation irréfutable de la performance physique de Michael B. Jordan, créant une empathie basée sur l'authenticité de l'effort visible.

En somme, l'objectif n'est pas de montrer un combat, mais de faire vivre l'expérience du combat, en synchronisant le temps du spectateur avec celui du boxeur.

Partie 2 : Coulisses

Raisonnement

La réalisation du plan-séquence du combat Adonis vs Sporino représente un tour de force logistique, technique et humain. Contrairement à de nombreuses productions contemporaines qui s'appuient sur des coupes numériques invisibles (comme dans Birdman ou 1917), l'équipe de Creed a opté pour un véritable plan continu, sans tricherie de montage ("stitching"). L'analyse des coulisses révèle une préparation quasi-militaire et une synergie totale entre la réalisation, la photographie, les cascades et les effets spéciaux.

1. Planification et chorégraphie : la "Danse à Trois"

La décision de tourner cette séquence en un seul plan n'a été prise que tardivement, environ trois semaines avant le début du tournage. Ce délai court a imposé une pression immense sur l'équipe.

Une chorégraphie triangulaire complexe a été mise en place, impliquant non seulement les deux combattants, Michael B. Jordan et Gabriel Rosado (un véritable champion de boxe, ce qui ajoutait un niveau de danger et de réalisme), mais aussi un troisième "danseur" : l'opérateur caméra.

  • Le Rôle de l'Opérateur Steadicam : Ben Semanoff, l'opérateur Steadicam, a dû suivre un entraînement spécifique de boxe. Pour pouvoir se déplacer sur le ring, anticiper les mouvements des combattants, pivoter autour de l'arbitre et éviter les collisions tout en portant un équipement lourd (le rig Steadicam avec une caméra Arri Alexa), il devait comprendre le rythme du combat de l'intérieur. Il devait être assez agile pour encercler les combattants comme s'il était une "quatrième partie invisible".

  • Répétitions "Block by Block" : Un ring de fortune a été installé à côté des bureaux de production. Michael B. Jordan a passé une semaine entière à "bloquer" la scène, mémorisant les mouvements comme on apprendrait une chorégraphie de danse ou un long monologue de théâtre. Le coordinateur des cascades, Clayton Barber, a décomposé la scène étape par étape pour assurer la sécurité et la fluidité.

2. Le tournage : le saut de la falaise

Le tournage de la séquence a eu lieu le troisième jour de la photographie principale. C'était un pari risqué pour deux raisons : l'équipe était encore en phase de rodage, et c'était le tout premier jour de tournage pour Sylvester Stallone dans le rôle de Rocky pour ce film.

  • L'Absence de Filet de Sécurité : Ryan Coogler a pris la décision radicale de ne tourner aucun plan de coupe (cutaways). Il n'y avait pas de caméras B ou C filmant la foule ou des gros plans isolés pour sauver la scène au montage si le plan sequence ne fonctionnait pas. Coogler décrit cette approche comme "plonger de la falaise" : "Nous n'avons rien tourné pour couper... Si ça ne marchait pas, c'était ma faute".

  • Le Nombre de Prises : L'équipe a réalisé un total de 13 prises sur une journée de tournage de 15 heures. La fatigue physique était un facteur déterminant. Sur ces 13 tentatives, seules deux ont été complétées intégralement sans erreur majeure de chorégraphie : la prise 11 et la prise 13.

  • La Prise Finale : C'est la 11ème prise qui a été sélectionnée pour le film final. Le fait que la prise retenue soit si tardive dans la journée témoigne de l'épuisement des acteurs, ce qui sert paradoxalement le réalisme de la scène : la fatigue d'Adonis à l'écran est la fatigue réelle de Michael B. Jordan.

3. Ingéniosité technique : lumière, maquillage et son

Pour maintenir l'illusion de réalité sur 360 degrés sans coupure, l'équipe a dû innover.

Tableau 1 : défis techniques et solutions apportées

Éclairage 360° Impossible de cacher des projecteurs sur le plateau. Utilisation des lumières du stade (Liacouras Center) et sources cachées dans la foule. Style réaliste inspiré de The Wrestler.Maryse Alberti (DoP)

Blessures en temps réel Pas de coupe pour appliquer le maquillage. Les maquilleurs se précipitaient sur le ring quand la caméra se détournait (ex: focus sur l'arbitre) pour appliquer du sang/prothèses en quelques secondes. Équipe Maquillage / Effets Spéciaux

Ouverture de la coupure Un seul moment de VFX (CGI) subtil a été utilisé pour l'instant précis où l'œil d'Adonis s'ouvre sous un coup, car impossible à faire en pratique instantanément. Équipe VFX

Son immersif Mixage dynamique. Le son des coups et de la foule change selon la position de la caméra (proche/loin). "Yo-yo" sonore entre le chaos du ring et les instructions de Rocky.Steve Boeddeker (Sound Designer)

  • Le Maquillage Furtif : L'aspect le plus fascinant des coulisses est sans doute la gestion du maquillage. Lorsque Adonis retourne dans son coin ou que la caméra pivote pour montrer la foule ou l'adversaire, des maquilleurs entraient furtivement dans le champ mort de la caméra pour appliquer de la vaseline, du faux sang ou des tuméfactions en un temps record, avant de disparaître juste avant que la caméra ne revienne sur Jordan. C'est une performance invisible synchronisée avec celle des acteurs.

  • Le Design Sonore : Steve Boeddeker et son équipe ont dû construire un paysage sonore qui reflète la subjectivité d'Adonis. Contrairement à un mixage standard où tout est audible, ici le son "zoom" avec l'image. Quand la caméra est proche de Rocky, ses instructions sont claires ; quand elle s'éloigne, elles se noient dans le bruit de la foule, renforçant le sentiment d'isolement du boxeur.

4. Matériel et authenticité

Le film a été tourné avec des caméras Arri Alexa (modèle XT et M mentionnés selon les configurations). Maryse Alberti a choisi de traiter l'image avec un réalisme cru, évitant les filtres trop esthétisants. L'utilisation du Steadicam, un outil inventé par Garrett Brown (originaire de Philadelphie et célèbre pour le plan des marches dans le premier Rocky), ajoute une couche méta-textuelle à la scène : l'outil qui a défini la légende de Rocky est ici utilisé pour définir celle de Creed, mais d'une manière totalement différente (immersion continue vs travelling latéral).

Conclusion : partie 2

Les coulisses du plan séquence de Creed dévoilent une opération de précision où l'erreur n'était pas permise.

  1. Audace de Production : Le choix de tourner sans cutaways (filet de sécurité) le troisième jour de tournage, avec l'arrivée de Stallone, montre une confiance absolue du réalisateur en son équipe.

  2. Synergie Totale : La réussite repose sur la coordination parfaite entre les acteurs, l'opérateur caméra (devenu boxeur par nécessité), et les équipes de maquillage agissant comme des ninjas dans les angles morts.

  3. Performance Technique : L'éclairage à 360 degrés de Maryse Alberti et le mixage sonore subjectif de Steve Boeddeker créent une bulle de réalisme qui englobe le spectateur.

  4. Endurance Physique : La sélection de la 11ème prise sur 13 souligne l'effort physique réel capturé à l'écran, transformant la fatigue simulée en fatigue vécue.

C'est un exemple rare où la complexité technique se rend invisible pour servir purement l'émotion et l'authenticité de l'instant.

Partie 3 : Longueur

Raisonnement

La longueur du plan séquence est une variable fondamentale de son efficacité dramaturgique. Elle ne se mesure pas seulement en minutes et en secondes, mais en "temps ressenti" par le spectateur. Dans le contexte d'un film d'action ou de sport, la durée ininterrompue agit comme un compresseur de tension. L'analyse de la chronométrie exacte et de la segmentation interne du plan révèle comment Ryan Coogler manipule le temps pour synchroniser le pouls du public avec celui d'Adonis.

1. Chronométrie et temporalité réelle

La séquence du combat s'étend sur une durée ininterrompue d'environ 4 minutes et 12 secondes (les sources varient légèrement entre "quatre minutes" et "quatre minutes et demie", mais l'analyse filmique confirme une durée dépassant les 4 minutes).

Cette durée est significative car elle couvre la quasi-totalité d'une séquence narrative autonome de boxe : la fin d'un round, la minute de repos complète, et le round décisif suivant. En choisissant cette durée, Coogler impose un "temps réel". Au cinéma, quatre minutes sans coupe est une éternité. Contrairement à la saga Rocky originale où les rounds passaient en quelques secondes grâce au montage, ici chaque seconde doit être "endurée". Le spectateur ne peut pas accélérer le processus ; il est contraint de vivre l'attente, la récupération et la douleur au même rythme que le protagoniste.

2. Découpage structurel du plan (breakdown)

Bien qu'il s'agisse d'un plan unique, la séquence possède une structure interne rigoureuse en trois actes, dictée par les règles de la boxe et les mouvements de caméra.

Tableau 2 : Segmentation Chronologique du Plan-Séquence

Acte 1 : Le Premier Round~ 0:00 - 1:45 Observation, premiers échanges, montée en tension. Adonis teste Sporino. Caméra fluide, "over-the-shoulder". Son des coups secs. Mouvement constant autour des combattants.

Acte 2 : Le Coin (Repos)~ 1:45 - 2:45 La cloche sonne. Retour au coin. Soins, conseils tactiques de Rocky, doute d'Adonis. Caméra proche, intime. Le son de la foule baisse, la voix de Rocky et du Cutman devient dominante. Maquillage appliqué en temps réel (hors-champ). Moment de "Yo-Yo" émotionnel.

Acte 3 : Le Final~ 2:45 - 4:12 Deuxième round. Fatigue visible. Échanges violents. KO de Sporino. Célébration. Mouvements plus chaotiques reflétant la fatigue. Tension sonore maximale. La caméra capture la chute et l'euphorie sans couper.

Cette structure permet de varier le rythme sans briser l'immersion.

  • L'Acte 2 (Le Coin) est particulièrement crucial. Souvent coupé au montage dans les films d'action, ce moment est ici préservé intégralement. Coogler nous force à voir la lourdeur des jambes, le souffle court, et l'inquiétude dans les yeux d'Adonis. C'est dans cette minute de "calme" relatif que la tension psychologique dépasse la tension physique.

3. Rythme et Pacing Comparatif

La longueur de ce plan contraste violemment avec les standards du cinéma d'action contemporain (type Jason Bourne ou Taken), où la durée moyenne d'un plan (Average Shot Length - ASL) peut descendre en dessous de 2 secondes lors des scènes de combat. En maintenant le plan pendant plus de 250 secondes, Creed crée une anomalie cognitive qui force l'attention.

On peut comparer cette approche à la scène de la voiture dans Les Fils de l'homme (Children of Men) d'Alfonso Cuarón. Dans les deux cas, la longueur du plan crée un sentiment de danger imminent : parce que la caméra ne coupe pas, le spectateur sait inconsciemment que "tout peut arriver" et que personne ne viendra "sauver" les personnages par une ellipse.

4. L'endurance et la fatigue empathique

La durée de 4 minutes sert un but physiologique : transférer la fatigue d'Adonis au spectateur. À la fin de la prise, le public a retenu son souffle ou maintenu une tension musculaire pendant une durée équivalente à l'effort du boxeur. Cette synchronisation n'est possible que par la continuité temporelle. Coogler utilise le temps comme une arme narrative : plus le plan dure, plus l'enjeu semble élevé. La victoire finale (le KO) n'est pas seulement une libération pour Adonis, c'est une libération physique pour le spectateur qui peut enfin "couper" le contact visuel.

Conclusion : partie 3

La longueur du plan sequence (4 minutes et 12 secondes) est l'outil fondamental de la dramaturgie de cette scène.

  1. Temps Réel vs Temps Cinématographique : Elle impose une temporalité réaliste qui refuse les ellipses, obligeant le spectateur à vivre les temps morts et la récupération aussi intensément que les coups.

  2. Structure Interne Maîtrisée : Loin d'être monotone, le plan est rigoureusement découpé en trois actes (Combat / Repos / Résolution) grâce à la chorégraphie et au son, créant un rythme narratif complet au sein d'une seule prise.

  3. Immersion par l'Endurance : La durée crée une "fatigue empathique" chez le spectateur, synchronisant son état nerveux avec celui du protagoniste et rendant le dénouement (le KO) viscéralement satisfaisant.

En étirant le temps sans le rompre, Ryan Coogler transforme une scène de combat en une épreuve de résistance partagée, redéfinissant l'impact émotionnel de la boxe au cinéma.

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