12/04/2026

Le bûcher des vanités (1991)

Un parking souterrain, plongé dans la pénombre. Bruce Willis en smoking, verre à la main, titube légèrement en traversant les couloirs de service du World Trade Center. La caméra le suit sans broncher, glissant sur 263 mètres de béton, de couloirs et d'ascenseurs, des soutes obscures jusqu'à l'éclat doré d'un gala mondain. Cinq minutes trente sans une seule coupe. Le générique n'est même pas terminé.

Pourquoi cette scène est culte

Ce plan séquence ne raconte pas une histoire il expose un monde. En suivant Peter Fallow, journaliste opportuniste et perpétuellement imbibé, la caméra vous fait traverser toutes les strates de la société new-yorkaise. Serveurs, gardes, assistantes : tout le monde s'efface sur son passage. De Palma n'a pas besoin de dialogues pour montrer ce que c'est que l'impunité sociale. Le mouvement suffit.

Juste avant, le film s'ouvrait sur un plan fixe de Manhattan vue depuis une gargouille du Chrysler Building. Cette chute verticale, du regard de Dieu vers les entrailles de la ville, donne au plan-séquence sa vraie dimension : vous suivez un homme en smoking qui descend aux enfers sans s'en rendre compte.

Fait notable : nous sommes en 1990, la même année que Les Affranchis. Le plan du Copacabana de Scorsese et celui-ci partagent le même opérateur Steadicam, Larry McConkey. Mais là où Scorsese vous séduit pour vous faire tomber amoureux du pouvoir mafieux, De Palma étire le temps pour exposer la vacuité de son personnage. Même opérateur, intentions opposées.

Comment ils l'ont tournée

Julie Salamon a documenté le tournage dans son livre The Devil's Candy, et les détails sont vertigineux. Le trio aux commandes : De Palma à la mise en scène, Zsigmond à la lumière, McConkey au Steadicam.

Le trajet de 263 mètres était trop long pour être parcouru à pied au rythme du dialogue. McConkey a donc été installé sur une voiture de golf modifiée pour les 116 premiers mètres. Le moment critique arrive quand il doit descendre du véhicule en mouvement pour entrer dans un ascenseur sans que la moindre secousse ne trahisse la manoeuvre. Synchronisation au millimètre entre le conducteur et l'opérateur. Un accroc, et c'est cinq minutes de pellicule 35mm à reco