Plan séquence Timecode (2000)

  • Année : 2000

  • Réalisateur / Scénariste / Producteur / Compositeur / Opérateur caméra (caméra 4) : Mike Figgis (Leaving Las Vegas, 1995)

  • Pays : États-Unis (Sony Pictures / Screen Gems)

  • Opérateurs caméra : Patrick Alexander Stewart (DP, caméra 1), James Wharton O'Keefe (caméra 2), Tony Cucchiari (caméra 3), Mike Figgis (caméra 4)

  • Monteur : Robert Brakey (compositing des 4 flux - aucun montage traditionnel)

  • Décor : Charlotte Malmlöf

  • Caméras : 4 × Sony DSR-1 (mini-DV numérique - premier long-métrage majeur tourné intégralement en mini-DV)

  • Durée du film : 97 minutes

  • Durée de chaque plan continu : 93 minutes (capacité maximale de la cassette)

  • Nombre de plans continus : 4 (simultanés)

  • Méthode : 4 vrais plans continus filmés simultanément, écran divisé en 4 quadrants, chaque quadrant = 1 caméra = 1 plan ininterrompu

  • Script : aucun script traditionnel, Figgis a fourni des partitions musicales sur papier à 4 portées (une portée = une caméra), utilisées comme guide temporel

  • Dialogue : 100% improvisé

  • Cast : ~28 acteurs principaux (Salma Hayek, Stellan Skarsgård, Jeanne Tripplehorn, Holly Hunter, Saffron Burrows, Kyle MacLachlan, Julian Sands, Leslie Mann)

  • Répétitions : 15 jours de tournage de répétitions, chaque session = une performance complète de 93 minutes. Filmées le matin, revues l'après-midi avec les 4 moniteurs

  • Prise finale : vendredi 19 novembre 1999, à 15h00 (le film le dit à l'écran dans son dernier carton)

  • Budget : 4 millions de dollars

L'écran est noir. Puis un quart s'allume, en haut à droite. Une femme (Saffron Burrows) parle à son thérapeute. Puis un deuxième quart s'allume, en haut à gauche. Une autre femme (Jeanne Tripplehorn) descend les marches d'une villa de Beverly Hills et crève le pneu d'une voiture. Deux histoires en même temps. Puis le troisième quart s'allume. Puis le quatrième. Quatre histoires. Quatre caméras. Quatre plans continus de 93 minutes. Zéro coupe. Tout se passe en temps réel, les personnages traversent d'un quadrant à l'autre, les conversations d'un quart de l'écran sont audibles dans un autre, et quand deux caméras filment la même scène depuis des angles différents, vous voyez le même moment deux fois simultanément. Pendant 93 minutes, vous regardez quatre films en même temps et Mike Figgis vous laisse choisir lequel regarder.

Why This Scene Is a Cult Classic

La raison pour laquelle Timecode est dans cette collection n'est pas évidente parce que Timecode n'a pas de "plan séquence". Timecode EST un plan-séquence. Quatre, en fait. Le film entier, les 93 minutes, les quatre quadrants, les 28 acteurs, les rues de Los Angeles est quatre plans continus simultanés sans une seule coupe. C'est le plan-séquence poussé à son extrême logique : si refuser de couper crée de la tension (Les Fils de l'homme), de l'immersion (Extraction), de la transcendance (Sinners) ou de l'éthique (Code inconnu), que se passe-t-il quand on refuse de couper QUATRE FOIS EN MÊME TEMPS ?

La réponse de Figgis : le spectateur devient le monteur. BFI Sight & Sound a noté que "le spectateur est implicitement encouragé à remplir le rôle de monteur pour lui-même : se concentrant sur les drames et les personnages qui retiennent son attention et ignorant les autres". Figgis ne vous donne pas un plan-séquence, il vous en donne quatre et vous laisse choisir lequel regarder. C'est le plan-séquence comme démocratie.

Roger Ebert a eu une réaction partagée (2,5/4 étoiles) : "Mis à part le fait de prouver que c'est faisable, quel est le but de l'expérience de Figgis ?" Puis il a ajouté : "Je recommande quand même le film. Mike Figgis est un homme qui vit et respire le cinéma. Pendant que la plupart des cinéastes se contentent de suivre leur chemin prévisible d'une conclusion courue d'avance à la suivante, Figgis est là-dehors au bord du gouffre, à réaliser joyeusement des cascades loufoques comme celle-ci."

Et il y a la blague méta, la plus audacieuse de toute la collection. Vers la fin du film, un personnage (Mía Maestro) propose à un producteur de cinéma (Skarsgård) un projet de film qui serait joué en temps réel, sur quatre caméras, en un plan continu unique. Le producteur la regarde et dit : "C'est la merde la plus prétentieuse que j'aie jamais entendue." Figgis met dans la bouche de son personnage exactement ce que les critiques vont dire de son film et il le fait PENDANT que le film prouve le contraire.

How They Filmed It

Figgis n'a pas écrit de script. Il a écrit une partition. Littéralement sur du papier à musique à quatre portées, chaque portée représentant une caméra. Chaque octave correspondait à un moment dans le temps, jusqu'aux 93 minutes de capacité de la cassette. Les acteurs recevaient cette partition et devaient interpréter leur rôle en suivant le guide temporel sachant que les autres acteurs, dans d'autres quadrants, faisaient la même chose simultanément. Chaque acteur était personnellement responsable de garder en tête ce qui se passait dans les autres quadrants par rapport à sa propre performance.

Les 15 jours de répétitions étaient des performances complètes, chaque matin, les quatre caméras tournaient pendant 93 minutes d'affilée. L'après-midi, Figgis, les acteurs et l'équipe regardaient les quatre flux simultanément sur quatre moniteurs et discutaient de ce qui fonctionnait et de ce qui ne fonctionnait pas. La première répétition a été incluse comme bonus sur le DVD du film.

Les quatre caméras étaient des Sony DSR-1, des caméras mini-DV numériques, légères, portables, qui pouvaient tourner pendant 93 minutes sans interruption. C'est le premier long-métrage majeur tourné intégralement en mini-DV. Figgis avait découvert la liberté du format numérique sur Leaving Las Vegas (1995, tourné en 16mm) : "On n'avait pas besoin de permis de la ville ou de bloquer les rues. On sautait de la voiture, on posait la caméra et on commençait à tourner." Timecode pousse cette philosophie jusqu'au bout, quatre caméras portables dans les rues de Los Angeles, sans permis, sans bloquer quoi que ce soit, en temps réel.

Le son est le cœur du dispositif. Avec quatre quadrants qui parlent en même temps, Figgis devait guider l'attention du spectateur par le mixage audio, montant le volume du quadrant qu'il voulait que vous regardiez, baissant les trois autres. Des microphones HF cachés (technique empruntée à Robert Altman, qui l'avait développée sur California Split en 1974 et Nashville en 1975) captaient les dialogues improvisés. Figgis a décrit sa méthode sonore comme un "mix live" et lors d'une projection au BFI en 2022, il était assis au centre du théâtre et mixait le son en direct, ajustant les niveaux entre les quatre quadrants pendant que le public regardait. Standing ovation à la fin.

La prise finale, celle qui est dans le film, a été tournée le vendredi 19 novembre 1999, à 15h00. Les quatre caméras ont démarré simultanément. 93 minutes plus tard, elles se sont arrêtées. Le film était terminé. Le dernier carton à l'écran l'annonce : "TIME CODE was filmed in 4 continuous takes beginning at 3:00 pm on friday, november 19th, 1999."

Budget : 4 millions de dollars. Après autofinancement de la planification, Figgis a convaincu Sony Pictures. Les acteurs étaient responsables de leurs propres costumes, coiffures et maquillage.

What to Look For When Watching It Again

  • Les croisements entre quadrants (~tout le film) Quand un personnage passe d'un quadrant à l'autre, il apparaît dans deux quarts de l'écran en même temps, vu par deux caméras différentes. Le BFI a noté : "C'est amusant de voir une conversation dans un cadre, et de voir cette même conversation se dérouler simultanément en arrière-plan d'un autre cadre."

  • Le gros plan simultané sur les yeux (~climax) Un reviewer IMDB a noté qu'à un moment, les quatre quadrants se synchronisent sur un gros plan des yeux de quatre personnages différents. Simultanément. La coordination nécessaire pour que les quatre caméras arrivent au même cadrage au même instant est vertigineuse.

  • La proposition méta (~fin du film) Ana (Mía Maestro) propose un film "en temps réel, sur quatre caméras, en un plan continu". Le producteur (Skarsgård) : "C'est la merde la plus prétentieuse que j'aie jamais entendue." Vous êtes en train de regarder exactement ce film. C'est la blague la plus audacieuse de toute la collection.

Did you know?

Timecode est sorti en 2000, la même année que L'Arche russe n'a pas encore été filmé (il le sera en 2002). Alexander Sokurov, en voyant Timecode, a compris ce que le numérique permettait : un plan continu de la longueur d'un film entier. Grokipedia confirme que Timecode "a démontré la viabilité des outils numériques légers pour des productions complexes, influençant des innovations ultérieures dans le cinéma en plan unique, comme L'Arche russe d'Alexander Sokurov (2002)". La filiation est directe : Figgis prouve que le numérique permet 93 minutes sans coupe → Sokurov fait 96 minutes sans coupe dans l'Ermitage → Victoria (2015) fait 138 minutes sans coupe dans Berlin.

Timecode est l'objet le plus radical de cette collection et de loin. Victoria est un vrai plan continu de 138 minutes, mais c'est un seul plan. Adolescence est quatre épisodes en plans continus, mais ils sont séparés. Timecode est quatre plans continus de 93 minutes qui se déroulent SIMULTANÉMENT sur le même écran. C'est le plan séquence comme structure narrative, comme format de projection, et comme philosophie de cinéma, tout en même temps. Figgis n'a pas fait un film avec des plans-séquences. Il a fait un film qui EST quatre plans-séquences.

Sources

  • Mike Figgis - Roger Ebert interview (avril 2000)

  • BFI Sight & Sound - "Film of the Month: Timecode" par Xan Brooks (2000)

  • Roger Ebert - critique, 2,5/4 étoiles (avril 2000)

  • Time Out - critique (2000)

  • Grokipedia - "Timecode (2000 film)" (analyse technique, janvier 2026)

  • Wikipedia - Timecode (2000 film)

  • IMDB - Timecode, reviews et trivia (acteurs responsables de leurs propres costumes, caméra visible dans le reflet d'un ascenseur)

  • Letterboxd - reviews communautaires (BFI screening 2022 avec mix live de Figgis)

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