Long Take from *Smile 2* (2024)

  • Année : 2024

  • Réalisateur / Scénariste : Parker Finn

  • Pays : États-Unis (Paramount Pictures)

  • Chef opérateur : Charlie Sarroff (retour depuis Smile 1)

  • Opérateur Steadicam : Peter Vietro-Hannum

  • Opérateur caméra A : Dan Sharnoff

  • Monteur : Elliot Greenberg

  • Musique : Cristobal Tapia de Veer

  • Caméra : ARRI Alexa 65 (Open Gate 6.5K)

  • Durée de la séquence : ~5 à 7 minutes

  • Méthode : plan continu apparent écrit dans le script comme "a single unbroken shot" ; possiblement assemblé à partir de plusieurs prises (DCFilmdom : "possiblement cousu")

  • Acteurs de la séquence : Kyle Gallner (Joel - retour du premier film), Lukas Gage (Lewis Fregoli)

  • Budget : 28 millions de dollars

  • Box-office : 138,1 millions de dollars (×5 le budget)

Six jours après la fin du premier Smile. Nuit. Neige. Joel (Kyle Gallner), l'ex-flic qui a vu Rose s'immoler sous ses yeux, est au bout du rouleau, la malédiction de l'entité le consume. Il a un plan : forcer le transfert de la malédiction en tuant quelqu'un devant un témoin. Il se gare devant une maison. Attrape un homme dans l'allée à la pointe du pistolet. Le traîne à l'intérieur. La caméra suit. Pas de plan d'ensemble de la rue, pas de musique de tension, pas de montage d'introduction elle est collée à Joel, en Steadicam, dès la première seconde. Joel entre dans le salon. Un deuxième dealer est assis sur le canapé. La situation dérape instantanément : le dealer sort une arme, une fusillade éclate, les deux hommes tombent. Joel les a tués tous les deux, son plan vient d'échouer. Puis il voit Lewis (Lukas Gage), un petit dealer insignifiant, caché dans un coin, qui a tout vu. L'entité vient de passer à Lewis. Joel murmure "I'm sorry", sort en courant et se fait percuter de plein fouet par un pick-up. Son corps est traîné sur la chaussée enneigée, laissant une longue traînée de sang qui dessine un sourire. La caméra n'a pas coupé une seule fois.

Why This Scene Is a Cult Classic

Finn a expliqué à GamesRadar : "Dans le script lui-même, j'avais écrit que ce serait un seul plan ininterrompu parce que je savais que ça allait créer cette sensation incroyablement tendue, suffocante, au moment où on vous jette dans l'ouverture." Le mot clé est "suffocante" c'est exactement l'effet. En refusant de couper, Finn vous refuse les micro-pauses que le montage d'horreur offre normalement entre chaque moment de terreur. Le jump scare classique fonctionne par le contraste entre le calme et le choc coupe sur un couloir vide, coupe sur le monstre. Ici, il n'y a pas de coupe. Pas de couloir vide entre deux chocs. Joel entre dans la maison, et à partir de cet instant, l'horreur s'accumule sans répit : le couteau, la fusillade, les corps, Lewis terrorisé, la course dans la rue, le camion, la traînée de sang.

DCFilmdom a noté que le plan d'ouverture "dure un bon cinq à sept minutes et est un exemple de la profondeur avec laquelle Finn et le directeur photo Charlie Sarroff veulent vous immerger dans cette fête foraine de l'horreur, en s'appuyant souvent sur des plans longs pour nous maintenir mal à l'aise sans le répit d'une coupe vers un autre angle". C'est la philosophie de tout le film, pas seulement du prologue. Sarroff et Finn utilisent des plans longs tout au long de Smile 2 pour empêcher le spectateur de reprendre son souffle.

L'autre raison pour laquelle cette scène est culte : elle résout l'intrigue du premier film en cinq minutes. Joel, le personnage laissé en suspens à la fin de Smile (2022), meurt dans le prologue de Smile 2. Son plan ingénieux pour transférer la malédiction ( tuer un criminel devant un autre criminel ) échoue à cause d'une variable imprévue (Lewis, caché dans un coin). Et sa mort percuté par un camion, traîné sur la neige en forme de sourire est à la fois brutalement absurde et narrativement parfaite. Le plan continu rend cette mort inévitable : il n'y a pas de coupe entre l'échec du plan et la conséquence mortelle. Les deux sont le même événement continu.

How They Filmed It

Sarroff a décrit la philosophie visuelle de Smile 2 dans ASC Magazine : "Avec Smile, on ne veut pas nécessairement se pencher vers autant d'obscurité. Parker et moi, on voulait pousser le film dans un espace différent seulement si on pouvait se pousser nous-mêmes." La caméra principale du film est une ARRI Alexa 65 en Open Gate 6.5K, un capteur massif qui capture une quantité de détail et de profondeur de champ inhabituelle pour un film d'horreur. Le choix est délibéré : Sarroff voulait que chaque recoin du cadre soit net et visible, pour que les horreurs puissent surgir de n'importe où pas seulement du centre du plan.

Peter Vietro-Hannum opérait le Steadicam et Dan Sharnoff était l'opérateur de la caméra A. Pour le prologue, le Steadicam est l'outil principal, il colle à Joel dans l'allée, entre dans la maison avec lui, tourne dans le salon pendant la fusillade, suit Joel dehors, et capture le camion qui le percute. Le parcours : extérieur → intérieur → salon → extérieur → rue, traverse des espaces aux éclairages radicalement différents (nuit enneigée → intérieur au néon → nuit de rue avec phares de camion), ce qui exigeait une gestion d'exposition en temps réel sans possibilité de couper pour ajuster.

Finn a confirmé que la scène était "un défi majeur à préparer et à tourner" mais n'a pas révélé le nombre de prises ni la durée exacte de la préparation. DCFilmdom a noté que le plan est "possiblement cousu à partir de plusieurs prises" ce qui en ferait un plan composite plutôt qu'un vrai plan continu, avec des coutures cachées dans les mouvements rapides de la caméra (la course de Joel, le passage intérieur→extérieur).

Sarroff et Finn ont développé un langage visuel spécifique pour Smile 2 : des plans larges au grand angle pour les moments d'horreur (l'entité est partout dans le cadre), combinés à une palette de couleurs dominée par les rouges, les argents et les bleus, conçue avec le production designer Lester Cohen. Le prologue utilise des tons froids (nuit, neige, néon) qui contrastent violemment avec les rouges du sang, ce qui fait de la traînée de sang en forme de sourire sur la neige blanche l'image la plus graphiquement saisissante du film.

What to Look For When Watching It Again

  • Lewis dans le coin (~après la fusillade) Quand Joel tue les deux dealers, la caméra reste sur lui, vous ne voyez pas Lewis immédiatement. Puis Joel tourne la tête, et la caméra suit son regard : Lewis est là, tétanisé, dans un coin du salon. Ce moment, la découverte d'un témoin que personne n'avait prévu est le pivot de tout le film. Sans Lewis, la malédiction meurt avec les dealers. Avec Lewis, elle atteindra Skye Riley.

  • Le "I'm sorry" de Joel (~juste avant le camion) Joel réalise que Lewis vient d'hériter de la malédiction par accident. Il murmure des excuses. Puis il sort en courant et meurt. Ce sont ses derniers mots. Et la caméra ne coupe pas entre les excuses et la mort parce qu'il n'y a pas de distance entre la culpabilité et la conséquence.

  • La traînée de sang en forme de sourire (~fin du plan) Le corps de Joel est traîné sur la neige par le camion. Le sang dessine un sourire sur la chaussée. C'est la signature de l'entité, visible depuis l'extérieur, comme si la malédiction se moquait de tout le monde. Et le plan continu fait de cette image la dernière chose que vous voyez avant que le film ne commence vraiment.

Did you know?

Finn a écrit le plan-séquence directement dans le script, pas comme une note de production ou une instruction de mise en scène, mais comme un élément narratif : "Dans le script lui-même, j'avais écrit que ce serait un seul plan ininterrompu." C'est rare, la plupart des plans séquences de cette collection sont des décisions de mise en scène prises pendant la pré-production ou le tournage (Coogler sur Creed, Hargrave sur Extraction, Fukunaga sur True Detective). Finn savait, dès l'écriture, que le prologue devait étouffer.

Ce plan est le premier plan-séquence d'ouverture d'un film d'horreur dans cette collection et il utilise le plan continu d'une façon spécifique au genre. Dans les films d'action (Extraction, Atomic Blonde), le plan continu crée l'épuisement. Dans les films de guerre (Fils de l'homme, Revenant), il crée l'immersion dans le chaos. Dans l'horreur, le plan continu supprime le mécanisme fondamental de la peur au cinéma : le jump scare. Le jump scare repose sur la COUPE : plan vide → COUPE → monstre. Sans coupe, pas de jump scare possible. Ce qui reste, c'est pire : une terreur continue, sans pic, sans relâchement, qui monte pendant 5 à 7 minutes sans que votre cerveau puisse se réinitialiser.

Kyle Gallner, qui joue Joel, a développé une réputation de "scream king" du cinéma d'horreur contemporain (Smile, A Haunting in Venice, Strange Darling). Sa mort dans le prologue de Smile 2 percuté par un camion en plein plan-séquence, traîné sur la neige en forme de sourire est sa sortie la plus spectaculaire. Et le fait qu'elle arrive en un seul plan, sans coupe, sans montage, la rend irréversible exactement comme le film de Noé (Irréversible, 2002, déjà dans cette collection), où la caméra immobile refuse de détourner le regard pendant 9 minutes. Deux films, deux fonctions différentes du refus de couper : Noé vous punit. Finn vous suffoque.

Sources

  • Parker Finn - GamesRadar, "Smile 2 Director Discusses Opening Scene" (octobre 2024)

  • Parker Finn - LADBible, "Smile 2 Fans Still Thinking About Incredibly Brutal Opening Scene Filmed in One Shot" (octobre 2024)

  • Charlie Sarroff - ASC Magazine (American Society of Cinematographers), "Smile 2: Lighting a Pop Star's Nightmare" (octobre 2024)

  • Charlie Sarroff - The Credits / MPAA, "Smile 2 DP Charlie Sarroff on Lighting a Curse-Afflicted Pop Star" (octobre 2024)

  • Charlie Sarroff - CamNoir podcast, "The Creepy Cinematography of Smile 2" (octobre 2024)

  • DCFilmdom - critique 4,5/5, "Smile 2: Movie Review" (octobre 2024)

  • ComicBook.com - "Smile 2 Opening Scene Explained" (octobre 2024)

  • Screen Rant - "Smile 2's Opening Scene Explained" (décembre 2024)

  • GameRant - "Smile 2 Pulls Its Cruelest Trick Right in the Opening Scene" (octobre 2024)

  • Wikipedia - Smile 2

See also:

Plan séquence The Conjuring (2013) https://www.plan-sequences.com/categories-de-plans-sequences/the-conjuring - L'autre grand plan-séquence d'horreur de la collection : même Steadicam silencieux, même technique qui fait respirer le spectateur avant de l'étouffer

Efficacité narrative : plan-séquence vs découpage https://www.plan-sequences.com/blog-plan-sequences/efficacite-narrative-plan-sequence-contre-decoupage - Pourquoi supprimer le jump scare en refusant de couper est plus efficace que n'importe quel montage d'horreur classique

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